| Accueil
Annuaire
Faits et événements
Personnages
Napoléon
La France et le Monde
Waterloo
Belgique
Armées
Uniformes
Reconstitution
Publications
Liens
Nouvelles du Jour
Plan du site
Balises
|
|
Dernière
modification le 8 février 2006.
Bains
de mer
La
comtesse de Boigne raconte dans ses Mémoires qu’elle fut la première,
à Dieppe, à prendre des bains de mer, dont l’usage semble
avoir été plus commun en Angleterre.
Les
bienfaits d’un bain d’eau de mer étaient connus à la fin
du XVIIIe siècle, comme le montre l’article qu’y consacre le Dictionnaire
de l’Industrie (an IX). Mais il ne s’agissait dans ce cas que d’eau de
mer pris dans une baignoire, et non d’immersion dans la mer.
L’avis
communiqué par le maire d’Ostende et publié dans l’Oracle
du 4 juillet 1804 montre que l’usage des bains de mer était pratiqué
depuis longtemps en cette ville, le long de « la grande digue de
mer ».
| |
Mémoires
de la comtesse de Boigne : |
|
|
| |
J'eus
en 1806 une maladie si bizarre que cela m'engage à en parler.
Chaque jour un violent mal de tête annonçait un frisson
suivi d'une grande chaleur et d'une légère transpiration,
enfin un accès de fièvre bien caractérisé.
Seulement, pendant la chaleur de la fièvre, mon pouls, au lieu
de s'accélérer, diminuait de vitesse d'une façon
très marquée, et reprenait le nombre de ses pulsations
lorsque l'accès était tombé. Je ne pouvais manger
rien, quoi que ce soit; je dépérissais à vue
d'oeil.
Les bains de mer m'avaient réussi en Angleterre; j'avais fantaisie
d'en essayer; les médecins y consentirent plus qu'ils ne m'y
encouragèrent. Il fallut me porter dans ma voiture; je fus
cinq jours à faire le chemin et j'arrivai à Dieppe mourante.
Huit jours après, je me promenais sur le bord de la mer et
je repris ma santé avec cette rapidité de la première
jeunesse.
|
|
|
| |
Depuis
vingt-cinq ans, ma voiture était la seule qui fût entrée
à Dieppe ; nous y fîmes un effet prodigieux. Chaque fois
que nous sortions il y avait foule pour nous voir passer, et mes équipages
surtout étaient examinés avec une curiosité inconcevable.
La misère des habitants était affreuse. L'anglais, comme
ils l'appelaient, et pour eux c'était pire que le diable, croisait
sans cesse devant leur port vide. A peine si un bateau pouvait de
temps en temps s'esquiver pour aller à la pêche, toujours
au risque d'être pris par l'étranger ou confisqué
au retour si les lunettes des vigies l'avaient aperçu s'approchant
d'un bâtiment.
|
|
Dieppe
|
| |
Quant
aux ressources que Dieppe a trouvées depuis dans la présence
des baigneurs, elles n'existaient pas à cette époque.
Mon frère me fit arranger une petite charrette couverte; on
me procura à grand'peine et à grands frais, malgré
la misère, un homme pour mener le cheval jusqu'à la
lame et deux femmes pour entrer dans la mer avec moi. Ces préparatifs
excitèrent la surprise et la curiosité à tel
point que, lors de mes premiers bains, il y avait foule sur la grève.
On demandait à mes gens si j'avais été mordue
d'un chien enragé. J'excitais une extrême pitié
en passant; il semblait qu'on me menait noyer. Un vieux monsieur vint
trouver mon père pour lui représenter qu'il assumait
une grande responsabilité en permettant un acte si téméraire.
On ne conçoit pas que des habitants des bords de la mer en
eussent une telle terreur. Mais alors-les dieppois n'étaient
occupés qu'à s'en cacher la vue, à se mettre
à l'abri des inconvénients qu'ils en redoutaient, et
elle n'était pour eux qu'une occasion de souffrance et de contrariété.
Il est curieux de penser que, dix ans plus tard, les baigneurs arrivaient
par centaines, qu'un établissement était formé
pour leur usage et qu'on se plongeait dans la mer sous toutes les
formes sans produire aucun étonnement dans le pays.
J'ai voulu constater combien l'usage des bains de mer, devenu si général,
était récent en France, car Dieppe a été
le premier endroit où on en ait pris. |
|
|
| |
Dictionnaire
de l'industrie, Paris, an IX (1801) : |
|
|
| |
Bains
de mer. Le bain de mer a la vertu de rouvrir les ulcères
qui n’ont pas été bien fermés. On observe que
la partie malade, fréquemment humectée d’eau de mer,
et frottée avec une plante visqueuse, nommée fucus
maritimus, se guérit radicalement. Le sel de mer corrige
les humeurs malignes et corrosives, et est dessicatif. On l’a employé
contre la morsure des chiens enragés. Il paraît qu’en
général l’air de la mer est sain, et que les maladies
des matelots ne viennent que de la malpropreté et des aliments.
Quelques personnes se servent de cette eau pour prendre des bains
; mais elle a l’inconvénient de ne pouvoir être conservée,
sans devenir bientôt putride ; ce qui est désagréable
pour ceux qui ne sont pas à portée de la renouveler.
On a observé que deux scrupules de chaux par pinte d’eau suffisent
pour la conserver sans lui nuire. On réussit également
en y ajoutant beaucoup de sel commun, à cause de sa qualité
anti-septique, attendu que la putridité de l’eau de mer veint
des corps étrangers qu’elle renferme.
Ces deux procédés sont indiqués dans un mémoire
du docteur Henry, inséré dans les Mémoires
de la société littéraire et philosophique de
Manchester, avec cette observation, que l’eau dans laquelle on
avait ajouté du sel, était devenue putride, quelques
semaines plus tard seulement que l’eau de mer sans mélange,
tandis que l’eau dans laquelle on avait mis de la chaux, s’était
conservée plusieurs mois sans donner le moindre signe de putréfaction.
|
|
|
| |
L'Oracle,
de Bruxelles, 4 juillet 1804 : |
|
|
| |
Le
maire d’Ostende s’empresse de faire part au public que la libre communication
à la grande digue de mer et aux lieux où l’on prend
habituellement les bains de mer, aura lieu, cette année, comme
de coutume, d’après les ordres donnés par le maréchal
d’Empire, commandant en chef ; en conséquence, il assure les
étrangers qui seront dans le cas de se rendre en cette ville
pour y prendre des bains durant cette saison qu’ils peuvent y venir
en toute confiance, et qu’ils y jouiront de toute la protection qu’ils
ont droit d’attendre. |
|
|
|