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19/11/2002
Bourrienne
Bourienne.
On
lit dans "le Publiciste" du 15 floréal, l'article suivant, daté de
la veille à Paris :
Le secrétaire
intime du premier consul, le citoyen Bourienne, a dû partir aujourd'hui.
Bourrienne,
secrétaire de Napoléon, raconte dans ses Mémoires le départ de Paris
en floréal an VIII (mai 1800) :
"La
constitution ne donnait pas au Premier Consul le droit d'aller, hors du
territoire de la République, commander une armée. Il ne voulut pas que l'on
connût le projet qu'il avait formé depuis longtemps d'aller se mettre à l'armée
d'Italie qu'il appela alors pour la première fois la "Grande Armée".
Avant
de partir, il fit venir M. Collot qui se rendit aussitôt dans le cabinet où
nous étions.
- Eh
bien, Collot, lui dit-il, je vais en Italie. Il s'agit d'un grand coup. La
campagne sera courte... J'ai besoin de vous, je vous emmène.
M.
Collot n'avait pas l'air de se soucier beaucoup de faire cette campagne, mais
plus il hésitait, plus Bonaparte insistait. Il fut enfin convenu que M. Collot
irait en Italie, dans le cas seulement où le Premier Consul prendrait le
commandement de l'armée.
Bonaparte
fixa le jour de notre départ de Paris au 6 mai, ou, selon le calendrier
d'alors, au 16 floréal.
Toutes
ses dispositions étaient prises, tous ses ordres donnés, mais il ne voulait
pas encore que l'on crût qu'il allait commander l'armée.
La
veille, ayant chez lui les deux autres consuls et les ministres, il dit à
Lucien :
- Prépare
pour demain matin une circulaire aux préfets ; vous, Fouché, vous la ferez
publier dans les journaux. Dites que je suis parti pour Dijon, où je vais
inspecter l'armée de réserve ; vous pourrez ajouter que j'irai peut-être
jusqu'à Genève, mais que je ne serai pas absent plus de quinze jours... S'il
se passait quelque chose, je reviendrais comme la foudre !...
Nous
partîmes à 2 heures du matin et nous suivîmes la route de la Bourgogne que
nous avions déjà parcourue tant de fois dans des circonstances si différentes.
Si,
depuis le 18 brumaire, la France avait reçu d'innombrables améliorations, ce
n'était pas avec la même satisfaction que l'on pouvait jeter les yeux sur les
affaires du dehors. L'Italie était perdue et, dès les frontières de la
Provence, on voyait la fumée des bivouacs autrichiens. Boanaparte ne se faisait
pas d'illusions et répétait sans cesse :
- Il
faut jouer le tout pour le tout....
L'armée
qu'il allait attaquer était une armée nombreuse, aguerrie, victorieuse ; lui,
à l'exception d'un très petit nombre d'hommes, n'avait que des conscrits, mais
ces soldats improvisés étaient commandés par des chefs dont rien ne pouvait
égaler l'ardeur.
Bonaparte
voyait le danger, mais sans en être effrayé.
-
J'ai, disait-il, beaucoup de conscrits dans mon armée, mais ces conscrits sont
Français. Il y a quatre ans, n'est-ce pas avec une faible armée que j'ai chassé
devant moi des hordes de Sardes, d'Autrichiens et balayé l'Italie ? Nous ferons
de même. Le soleil qui nous éclaire est celui qui nous éclairait à Arcole et
à Lodi...