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Caisse des Comptes courants

 

     
Les nouvelles du 4 décembre 1798 nous apprennent que les négociants et marchands de Paris se sont assemblés le 2, afin de réfléchir aux mesures à prendre "qu’exige la circonstance".
En fait, la place de Paris est en crise depuis qu'on appris que le directeur-général de la Caisse des comptes courants, Augustin Monneron, a disparu en emportant une grosse somme d'argent, et que la caisse a suspendu ses paiements.
Cette crise a été à l'origine de la création de la Banque de France trois années plus tard, sous le Consulat.
 
 

 

Gazette nationale, ou le Moniteur universel, 30 brumaire an 7.

 
 

Les administrateurs de la Caisse des Comptes-Courants ont fait afficher hier matin, que le citoyen Augustin Monneron, directeur général de cet établissement, ayant disparu, l'administration était forcée de vérifier les caisses et de prévenir ses concitoyens qu'elle ne rembourserait tous les matins que pour 300.000 fr. de ses billets de cinq cents ; et que l'après-midi, elle donnerait à ceux qui voudraient des effets de portefeuille. Cet avis a fait la plus grande sensation dans Paris. Pour prévenir toute espèce de désordre, la place des Victoires a été de suite garnie de troupes, ainsi que la trésorerie qui n'a point discontinué ses opérations. On assure que les porteurs de billets n'éprouveront d'autre sort que le retard et la gêne du moment, et déjà plusieurs maisons de commerce ont fait annoncer qu'elles les recevaient sans aucune difficulté comme par le passé. Il n'y a, dit-on, que pour 10 millions de billets en circulation, et le déficit que cause le citoyen Monneron n'est que de 2 millions, dont la perte devra être supportée par près de cent actionnaires, banquiers ou capitalistes, qui ont dû tenir hier une assemblée générale.
Au sujet de cet événement , nous avons cru devoir transcrire ici l'article du citoyen Saint-Aubin, inséré dans le journal de Paris, comme intéressant essentiellement la banque et le commerce, et même le public.
Avant de faire connaître l'historique des faits relatifs à cet événement inattendu, je ferai quelques réflexions sur les caisses d'escomptes ou banque de circulation en général.
Tout le monde, qui sait ce que c'est qu'une banque de circulation, sait aussi qu'il est moralement impossible qu'elle se soutienne, si d'un côté elle n'escompte pas à un taux inférieur à celui de la place, et si, d'une autre part, elle n'émet pas plus de billets qu'elle n'a d'argent en caisse pour les solder tous s'ils se présentaient à-la-fois. Si elle n'escomptait pas au-dessous du cours de la place, on ne s'adresserait pas à elle, et elle ne serait d'ailleurs d'aucune utilité pour le public. Et comme c'est cette différence entre la quantité de billets émis, et l'argent restant en caisse, qui forme le seul bénéfice de l'établissement, il est évident que sans elle il serait impossible d'escompter au-dessous du cours, ni même de faire face aux simples frais de bureau.
La proportion à garder entre les billets émis et le numéraire gardé en réserve pour solder au fur et mesure ceux qui se présentent, dépend du degré de confiance que l'établissement a acquis, et qui fait que les particuliers gardent plus ou moins les billets. Mais quelle que soit la prudence et la réserve que les administrateurs puissent employer à cet égard, on voit par l'exposé du principe fondamental de toutes les banques de circulation, qu'il est toujours possible qu'un concours inattendu de circonstances fortuites, et à plus forte raison de circonstances combinées, force à suspendre ou à ralentir la solde des billets en numéraire, lorsque la méfiance, résultante des circonstances, engage un très grand nombre de porteurs à en exiger le paiement à-la-fois. Je dis un très grand nombre, parce que dans les temps de la rareté du numéraire surtout, il suffit qu'une foule tant soit peu sensible se présente à la caisse, pour qu'elle attire au siège, surtout dans les circonstances actuelles, l'armée innombrable des peureux, que les mal-intentionnés et les fripons ne manquent pas d'encourager dans leur frayeur tant qu'ils peuvent.
La caisse la mieux organisée, la plus prudemment administrée peut donc devenir momentanément la victime de quelques manœuvres habilement concertées par des gens qui mettent à profit un événement peu important en lui-même, mais que ces manœuvres et la frayeur grossissent. Mais la sûreté des porteurs de billets peut n'être pas plus compromise qu'elle ne l'était, lorsqu'on payait à bureau ouvert ; il suffit pour cela qu'il reste dans le portefeuille de la caisse des lettres de change et autres effets à terme, souscrits par des particuliers solvables et représentant de l'argent comptant à l'échéance près. Autre chose est ici la confiance, et autre chose est la sûreté ; le manque de paiement à bureau ouvert d'un seul jour peut ôter la première, mais la sûreté reste la même, si la caisse a eu soin de n'escompter que des effets solides. Tout porteur de billets qui connaît l'organisation d'une caisse d'escompte quelconque, doit savoir qu'on ne paiera son billet à bureau ouvert, que dans la confiance que tous les porteurs de billets ne se présenteront pas le même jour ;autrement il serait physiquement impossible de remplir la condition du contrat.
Après ces réflexions générales, venons à l'historique des faits, faits dont je puis garantir l'exactitude, parce que je les tiens de personnes qui les ont vérifiés, et qui sont incapables de tromper.
Si jamais établissement a été conduit, ou plutôt ménagé avec circonspection et prudence, c'est bien celui de la caisse des comptes courans qui vient d'éprouver cet échec momentané à l'abri duquel n'a été, n'est et ne sera jamais aucun établissement de cette espèce. Pour preuve de cette assertion , il suffit de citer le succès vraiment prodigieux avec lequel cet établissement a gagné la confiance du public, quoique formé presque immédiatement après la chute du papier-monnaie et dans un temps où l'on croyait presque toute banque impossible, et toute émission de billets au porteur une véritable chimère.
En effet, on ne peut nier que la caisse des comptes courans n'ait bientôt rempli le but de son établissement au-delà de ce qu'on pouvait attendre d'un établissement formé dans de pareilles circonstances, et avec si peu de moyens relativement à la disette et à la demande du numéraire. Ses opérations, parfaitement assurées, s'élevaient déjà à 26 millions, dont 13 avaient été successivement retirés de la circulation. Elle jouissait d'un plein crédit, puisque presque tous les capitalistes y envoyaient leurs fonds, et que ses billets étaient partout regardés comme de l'argent comptant, lorsque tout-à-coup, vers le 20 de ce mois, des manœuvres pratiquées sur la place firent hausser progressivement l'escompte.
La caisse, forte de la confiance qu'elle méritait, crut pouvoir et même devoir s'interposer, pour arrêter les funestes effets de cette hausse de l'intérêt. En conséquence, elle força ses opérations journalières, et employa une grande partie de son numéraire pour soutenir les effets du commerce.
Mais alors aussi les ennemis particuliers de cette caisse, joints aux agents de l'étranger ennemi de toute caisse française, faisaient leurs efforts pour profiter de cette circonstance, et pour augmenter autant que possible le nombre de porteurs de billets de caisse qui se présentaient en plus grand nombre que de coutume
Cependant des valeurs métalliques non encore converties en pièces républicaines, étaient déposées à l'hôtel des monnaies , et le crédit dé la caisse pouvait être facilement soutenu, lorsqu'on fut informé, sans qu on ait pu avoir le moindre soupçon d un événement aussi inattendu, qu'Augustin Monneron, directeur de la caisse, avait disparu le 27 à midi, sans qu'on sache encore le lieu de sa retraite.
Quant aux motifs de sa disparition, on à trouvé un écrit signé de lui, et daté du 23 brumaire, dans lequel il annonce qu'il doit a la caisse 2.500.000 francs. Ce fait n'est pas encore constaté, mais il est prouvé que la soustraction, s'il y en a eu, n’excède pas cette même somme. Les administrateurs ont vérifié de suite leur situation ; il en résulte qu'ils ont en portefeuille et en bonnes lettres de change à trois signatures, toutes de commerce réel et non de circulation, pour plusieurs millions de plus qu'il n'en faut pour retirer de la circulation tous les billets de caisse, et pour solder les comptes courants des particuliers ; qu'il y a non-seulement de quoi couvrir la soustraction des 2.500.000 francs, en la supposant réelle, mais encore un excédent de 1.800.000 francs au moins, en sorte que tout ce qui peut arriver de pire est qu’après avoir tout payé, il n'y ait qu'environ deux millions à partager, au lieu de cinq qui se seraient trouvés sans cette catastrophe.
Ceux qui savent ce que peut la peur, peur qui au reste était très excusable dans le public non instruit, n'auront pas été surpris de voir qu'il y avait affluence et queue pour demander le paiement des billets. Mais un fait que tous ne savent pas, et qui cependant était tout aussi croyable pour ceux qui connaissent Paris, c'est que parmi les personnes qui se sont présentées, il y en avait beaucoup qui n'avaient pas de billets à faire payer, mais des mains vides et toutes prêtes pour prendre sans compter et argent et billets, s'il avait été possible de faire naître quelque trouble.
Heureusement qu'une force armée respectable a empêché, par une police exacte, les mouvements qu'auraient pu produire tous les différents faux bruits que cherchaient à accréditer des individus rien moins que rassurants.
Les uns disaient que tous les billets allaient arriver, et qu'on verrait bien qu'il n'y aurait pas de quoi les payer, et certes ils avaient doublement raison. D'abord, par ce qui a été dit ci-dessus sur la situation de toute caisse d'escompte imaginabl, il ne peut ni ne doit jamais se trouver en caisse une somme de numéraire égale au montant des billets, puisqu'il faudrait qu'elle eût à la fois et les écus et les effets escomptés. En second lieu, il n'est possible à aucune caisse du monde de payer un million par jour sur des billets de 500 francs présentés par une foule d'individus.
D'autres disaient que la caisse avait acheté des marchandises anglaises, tandis qu on sait qu'elle n'a que des lettres de change.
D'autres (et cela devait être), ou envoyés par les puissances coalisées, ou par ceux qui sont assez niais pour se coaliser avec leurs projets, insinuaient que le gouvernement avait pris tout l'argent, tandis qu'il est constaté que le gouvernement a toujours trop respecté cet établissement, pour essayer seulement la confiance que les administrateurs auraient pu lui accorder. Tout homme, tant soit peu instruit, sait au reste que la caisse des comptes courans et la trésorerie nationale n'ont jamais eu, ni pu avoir rien de commun entre elles; qu'il est même moralement impossible que l'un de ces établissements doive à l'autre ou que l'un reçoive de l'autre, sans que l'opération soit à la connaissance de tout le monde.
Enfin, ceux qui parlaient le plus haut, ou pour mieux dire, qui criaient le plus fort, étaient ceux-là mêmes qui n'avaient pas de billets à présenter ; ce n'étaient cependant pas les plus désintéressés à l'affaire.
Comme le temps a dévoilé toutes les intrigues, celle-ci le sera aussi et probablement sous peu de jours ; en attendant, on peut avancer que, quoique le fil se soit développé à Paris, la pelote vient de l'étranger.
On a vu , et l'on verra encore mieux par le compte détaillé qui sera rendu public, que l'acquit des billets de caisse et des comptes courants des particuliers est parfaitement assuré ; il est de plus très prochain, la plupart des lettres-de-change échéant en frimaire, et aucune n'étant à très long terme. D'après cela, je ne dirai pas aux porteurs de billets : imitez la confiance que les Anglais ont eue tout récemment dans les billets d'une banque dont la moitié était due par le gouvernement, qui ici n'en doit pas un, et dont la plupart, au lieu d'avoir pour garantie des effets souscrits par les particuliers solvables, n'avaient pour hypothèque que le produit des impôts, joint à la bonne foi du chancelier de l'échiquier, qui étaient dus par le gouvernement qui lui-même autorisait la banque à manquer à ses engagements i-pendant un temps indéfini. Un bon Français, un bon républicain n'a pas besoin de ce sermon, et les autres ne l'écouteraient point.
Je dirai seulement à tous les négociants et capitalistes, que leur propre intérêt exige qu'instruits de la véritable situation de la caisse, ils rendent promptement à l'établissement et à ses billets la confiance qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Toute défiance mal placée, non seulement rendrait l'acquit même des engagements de la caisse plus difficile, mais aurait pour le commerce en général les suites les plus funestes. J'ai dit que les vrais Français n'avaient pas besoin de mon sermon, et je croirais faire une injure aux vrais négociants, en les ennuyant par la démonstration d'une vérité aussi palpable.

Saint-Aubin

 
 

 

 

Dictionnaire universel théorique et pratique du Commerce et de la Navigation, tome 1, Paris, Guillaumin, 1859.

 
 

La liberté du travail décrétée par la révolution impliquait celle des banques et, en effet, aucune disposition législative ne gênait, à la fin du siècle dernier, la fondation et le développement de ces établissements. Aussi, dès que le gouvernement cessa d'émettre du papier-monnaie, des banques particulières entreprirent de fonder sur l'escompte l'émission des billets à vue et au porteur. Les principales furent : la Caisse des comptes courants (fondée en 1796), la Caisse du commerce (1798), le Comptoir commercial ou comptoir Jabach (1798).
Le plus connu de ces établissements, œuvre d'une association de banquiers, fut la Caisse des comptes courants, destinée à faire les recouvrements des banquiers de Paris, à tenir leur caisse et à réescompter au besoin leur portefeuille. La fondation de cette caisse permit d'abaisser le taux de l'escompte de 9 à 6 %, et elle réalisait des bénéfices qui stimulaient la concurrence et provoquaient la fondation d'autres banques d'un genre analogue.
Il est remarquable que, dans cette courte, mais très difficile période des dernières années du dix-huitième siècle, les banques de circulation aient rendu de grands services au commerce parisien et n'aient donné lieu à aucun sinistre, ni provoqué aucune plainte. Mais elles étaient entièrement indépendantes du gouvernement, et celui-ci, après la révolution du 18 brumaire, voulut se créer un instrument de crédit, une banque à l'imitation de celle d'Angleterre.

 
 

 

 

     

 

 

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