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Dernière modification:
03/07/2003
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Charras,
Charras (Jean-Baptiste) 1810-1865.
Fils d'un volontaire de 1792 qui parvint au rang de
général de brigade, J.-B. Charras fut élève à l'Ecole Polytechnique. Ardent
républicain, il joue un rôle actif lors de la révolution de 1830. Sous la
Monarchie de Juillet, il prend part aux campagnes d'Afrique sous les ordres
de Bugeaud et de Lamoricière. Adjoint de Cavaignac au ministère de la guerre
en 1848, il est élu député. Arrêté lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851,
il est exilé par le décret du 9 janvier 1852, et il séjourne successivement
en Belgique, en Hollande puis en Suisse, où il décède en 1865.
En 1858 parut à Bruxelles son "Histoire de la Campagne
de 1815 - Waterloo".
Dans l'avant-propos de cet ouvrage, il écrit :
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Un séjour de
trois années en Belgique m'a donné occasion de suivre, sur le terrain même
de la lutte, la courte et terrible guerre qui fournit à nos annales une si
triste page.
Cette étude nouvelle, je l'avais abordée, les écrits de Napoléon à la main,
et convaincu, depuis longtemps, de leur exactitude. Mais je m'aperçus
bientôt de l'impossibilité de les faire concorder avec les événements. Je
reconnus les artifices de cette narration rapide, magique, qui se joue du
temps, des distances, transpose, altère, dissimule les faits, en invente au
besoin et n'a d'autre but que l'apologie captieuse de celui-là même qui l'a
composée.
Effet étrange de la puissance d'un nom, des circonstances, de l'habileté de
l'écrivain ! cette apologie a usurpé, dans notre pays, la place de
l'histoire ; et, depuis trente ans et plus, elle a servi de base à presque
tous les récits de la campagne de 1815, signé de noms français.
J'avais cru, je le répète, aux écrits de Napoléon. Mais, du moment où il me
fut démontré que la vérité ne pouvait s'y trouver, je la cherchai
résolument. Pour la découvrir, j'ai dû remonter aux sources de l'histoire.
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Pour Charras, contrairement à l'image forgée par
Napoléon et ses panégyristes, le désastre de Waterloo n'est dû ni à la
trahison, ni au destin, et il exprime clairement son opinion à la fin de
l'avant-propos :
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Après la lecture de ce livre, un homme paraîtra
peut-être bien diminué ; mais , en revanche, l'armée française paraîtra
plus grande, la France moins abaissée. Ce résultat va mieux à ma raison,
à mon cœur, à mon patriotisme que les fictions adoptées depuis si
longtemps. |
Le livre de Charras fut interdit en France par le régime impérial. Il
n'en fut pas moins recherché ni apprécié. Pour beaucoup, il apportait des
réponses aux questions que posait la bataille de Waterloo.
Karl Marx, dans la préface à la deuxième édition de son ouvrage "Le
18 brumaire de Louis Bonaparte" (1869), écrit :
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Le colonel Charras a, le premier, engagé l'offensive contre le
culte de Napoléon dans son ouvrage sur la campagne de 1815. Depuis, et
notamment au cours de ces dernières années, la littérature française, au
moyen des armes de la recherche historique, de la critique, de la satire et
de l'ironie, a donné le coup de grâce à la légende de Napoléon. Hors de
France, cette rupture violente avec les croyances populaires
traditionnelles, cette immense révolution intellectuelle, a été peu
remarquée et encore moins comprise. |
Par contre, c'est bien Charras et Edgar
Quinet que vise Pontécoulant, lorsqu'il
écrit en 1865 :
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Que le duc d'Elchingen, fils du maréchal Ney, jeune officier
d'un grand avenir, trop tôt enlevé à son pays, ait tenté autrefois cette
difficile entreprise, on peut excuser en lui les aveuglements de la piété
filiale ; mais qu'on retrouve les mêmes assertions reproduites et confirmées
dans des publications toutes récentes, par des écrivains qui ont été
chercher leurs renseignements dans les bulletins de l'étranger, et qui
semblent avoir pris à tâche, dans je ne sais quel intérêt de coterie, de
rabaisser la gloire de Napoléon, sans s'apercevoir que le premier résultat
d'une entreprise si peu patriotique, si elle pouvait avoir quelque succès,
serait d'ôter à la nation française la seule consolation qu'elle avait
trouvée dans ses malheurs, en se persuadant que, dans le grand cataclysme de
1815, l'honneur de l'armée, du moins, était resté intact, et que la gloire
de son chef n'avait reçu aucune atteinte, c'est ce qu'on ne saurait ni
pardonner ni comprendre. |
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(Souvenirs militaires. Napoléon à
Waterloo, ou précis rectifié de la campagne de 1815, avec des documents
nouveaux et des pièces inédites, par un ancien officier de la Garde
impériale, qui est resté près de Napoléon pendant toute la campagne. Paris,
Librairie militaire J. Dumaine, libraire-éditeur de l'Empereur, 1866. ) |
Si le livre de Charras jouit d'une grande faveur après la
guerre de 1870, il tomba dans un oubli presque complet lors de la fièvre de
Napoléonite que connut la France avant la guerre de 1914, mouvement qui trouva
un de ses plus belles expressions dans le "Waterloo" de Henry Houssaye. Cet
ouvrage flattait davantage l'esprit cocardier propice à la préparation de la
guerre. Il est désolant de constater que c'est ce dernier ouvrage qui reste,
encore aujourd'hui, pour beaucoup de gens, la référence unique pour l'étude de
la bataille.
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