Rappelé en France en 1768, Dumouriez est nommé
aide-major général du corps expéditionnaire du marquis de Chauvelin, destiné
à conquérir la Corse qui vient d'être achetée par la France à la république
de Gênes.
L'expédition est un échec parce que, si l'on en croit Dumouriez, on ne suit
pas ses conseils. Il prend encore part à l'expédition du comte de Vaux (qui
débouche sur la victoire de Ponte-Nuovo et la soumission de l'île), et
reçoit à son issue le brevet de colonel.
Envoyé par Choiseul en Pologne (1770), il prend part
aux combats contre les forces russes commandées par Suwarow. Chargé ensuite
d'une mission secrète en Suède, il est arrêté à Hambourg et enfermé à la
Bastille, où il vit fort bien pendant six mois.
A l'avènement de Louis XVI, il rentre en grâce et est
chargé de l'établissement du port de Cherbourg. En 1788, il est nommé
maréchal de camp.
En 1789, il se montre très favorable aux idées
révolutionnaires, et est nommé commandant de la garde nationale de
Cherbourg, où il fait condamner et exécuter deux chefs de révolte et de
pillage. "Comme tant d'autres révolutionnaires de ce temps-là,
Dumouriez voulait bien acquérir, par un changement dans l'Etat, de la
fortune et du pouvoir ; mais pour jouir de tout cela il ne fallait ni
désordre ni pillage : voilà ce qui explique beaucoup d'opinions et de
contradictions du même genre." (Bibliographie Michaud, vol. 11, p 546.)
Rentré à Paris, il devient membre de la société des
Jacobins et se lie avec tous les hommes influents : Mirabeau, Lafayette, Barère, etc.
Envoyé en mission d'observation en Belgique, il publie
à son retour une brochure intitulée : le Guide des Nations, ou
Correspondance politique et morale sur la France et les Pays-Bas.
En 1791, il est nommé commandant de Niort, où il se lie
avec Gensonné, un des chefs de la tendance girondine.
Le 5 mars 1792, un ministère girondin arrive au
pouvoir, et Dumouriez obtient le portefeuille des affaires étrangères, poste
dans lequel il pousse à la déclaration de guerre contre l'Autriche. Il
troque alors le portefeuille des affaires étrangères contre celui de la
guerre, mais il donne sa démission quatre jours plus tard pour aller servir
en qualité de lieutenant général dans l'armée du maréchal Luckner, et est
nommé le mois suivant à la tête de l'armée des Ardennes, à la tête de
laquelle il s'oppose à l'invasion des Prussiens en Champagne.
Après l'échange de quelques coups de canon à Valmy, les
Prussiens se retirent sans que Dumouriez ne cherche à les inquiéter dans
leur retraite. Il tourne alors ses forces vers la Belgique, et bat le 6
novembre 1792 les Autrichiens de Clairfayt et du duc de Saxe-Teschen à
Jemmapes. Cette victoire lui livre la Belgique. Dumouriez se pose alors en
protecteur des Belges et se livre à des menées en vue d'unir la Belgique et
la Hollande, de se mettre à la tête du nouvel Etat et d'influer ainsi, à la
tête de son armée, sur le cours de la Révolution. Il ouvre la campagne
contre la Hollande par le bombardement de Maestricht.
Défait à Neerwinden le 18 mars 1793, Dumouriez entre en
négociations avec les Autrichiens, dans le but de renverser la Convention et
de mettre Louis XVII, alors prisonnier au Temple, sur le trône.
Sommé de rendre compte à la Convention de sa conduite,
il fait arrêter les députés venus lui notifier cet ordre, et les livre aux
Autrichiens. Après avoir vainement tenté de faire marcher son armée contre
Paris, il se réfugie chez les Autrichiens et se retire au Holstein.
En 1800, il se rend auprès du tsar Paul Ier
pour le presser de ne pas abandonner la coalition contre la France, mais il
échoue dans cette mission, et consacre dès lors ses connaissances et son
expérience à conseiller les Anglais dans leurs guerres contre Napoléon. Il
trace aux Espagnols la conduite à suivre contre les armées françaises, et
son ouvrage, traduit sous le titre de "Partides de Guerillas", sera
le manuel des officiers espagnols.
Dumouriez meurt en Angleterre le 14 mars 1823, âgé de
plus de 84 ans.