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Dernière modification:
08/02/2004
Dupuy
Victor Dupuy est né à Jarnac (Charente) le 27
novembre 1777. Il s'engage en novembre 1798 au 11e régiment de chasseurs à
cheval. Il est nommé brigadier en 1802, maréchal des logis le 30 floréal an XII
et maréchal des logis chef le lendemain. C'est donc un soldat du rang qui
conquit ses grades aux cours des guerre de l'Empire.
En 1815, il est chef d'escadron au 7e régiment de
hussards.
On remarquera que, d'après son récit de la
bataille, le 7e régiment de hussards est resté "tranquille spectateur de la
bataille" jusqu'à quatre heures, et que le général Domon était à ce moment
près de lui, pour faire jonction avec le maréchal Grouchy. Ce qui contredit le
récit de 1820 de Napoléon, ainsi que celui de 1830 du
colonel Marbot. Par contre, le témoignage de Dupuy est en accord avec
la lettre de 1815 du même Marbot.
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J'occupai jusqu'à dix heures du soir,
avec deux escadrons, une position sur laquelle les Anglais étaient le
lendemain. Les fusées à la Congrève qu'ils lancèrent toute la soirée,
passaient au-dessus de nous, et faisaient dans les ténèbres un superbe
effet. Les plaisants disaient que c'était un feu d'artifice que l'ennemi
nous donnait.
Enfin, je reçus l'ordre de rejoindre en arrière le
reste de la brigade. Le temps était affreux ; la pluie tombait par
torrents ; après avoir erré quelque temps, pour trouver où nous caser, les
deux régiments s'établirent dans une grande ferme, où les hommes et les
chevaux furent à peu près à couvert.
Le 18 à quatre heures du matin, nous étions à cheval et
vers huit heures, après avoir fait rafraîchir nos chevaux quelques
instants, nous nous rendîmes sur le champ de bataille. Notre régiment fut
détaché de la division et, avec trois escadrons de chasseurs, prit
position à l'extrême droite, n'ayant pas d'ennemis devant nous.
Le combat s'engagea à notre gauche sur toute la ligne.
Dès midi, la panique s'empara de quelques régiments d'infanterie du 1er
corps d'armée et le sauve-qui-peut y fut prononcé. Ils
fuyaient dans le plus grand désordre, je courus à eux avec un peloton de
hussards pour les arrêter. Voyant parmi les fuyards un porte-drapeau avec
son aigle, je lui dis de me la remettre; il l'avançait déjà pour ma la
donner, lorsque la réflexion me vint : "Je ne veux pas vous déshonorer,
monsieur, lui dis-je, déployez votre drapeau et portez vous en
avant, en criant avec moi Vive l'Empereur !" Il le fit sur le champ,
le brave homme ! Bientôt les soldats s'arrêtèrent et, dans peu d'instants,
grâce à ses efforts et aux nôtres, près de trois mille hommes étaient
réunis et avaient fait volte-face.
Cette fuite était d'autant plus étonnante et
extraordinaire que l'ennemi ne poursuivait pas ; mais par qui le
malveillant sauve-qui-peut avait-il été prononcé ? On
l'ignorait.
Jusque vers quatre heures, nous restâmes paisibles
spectateurs de la bataille. Dans ce moment le général Domon vint à moi ;
le feu des Anglais était à peu près cessé ; il me dit que l'affaire était
gagnée, que l'armée ennemie était en retraite, que nous étions là pour
faire jonction avec le corps du maréchal Grouchy et que nous serions le
soir à Bruxelles ; il partit.
Peu de moments après, au lieu de faire jonction avec
les troupes du maréchal Grouchy comme nous nous y attendions, nous reçûmes
l'attaque d'un régiment de hulans prussiens. Nous le repoussâmes
vigoureusement et lui donnâmes la chasse, mais nous fûmes forcés à la
retraite par le feu à mitraille de six pièces de canon, derrière
lesquelles les hulans se replièrent.
Le colonel Marbot avait
été blessé d'un coup de lance à la poitrine, dans l'attaque des Prussiens.
Attaqués alors par l'infanterie, nous nous reployâmes
sur le centre en battant en retraite.
Dans notre mouvement rétrograde, nous rencontrâmes le
maréchal Soult, major général, qui nous fit placer
près d'une batterie de la garde pour la soutenir ; le canon ennemi nous
fit quelque mal.
Peu après, nous reçûmes l'ordre de nous porter en arrière, pour nous
opposer à des tirailleurs prussiens.
Jusque là, nous pensions que la bataille était gagnée sur les autres
points de la ligne ; mais lorsque, arrivés sur la grande route, nous la
vîmes encombrée de fuyards, nous fûmes détrompés. Nous cherchâmes d'abord
à les rallier, mais cela fut impossible, il fallut faire aussi retraite,
mais du moins, nous la fîmes en ordre, marchant à quelques centaines de
pas sur le côté de la route, jusqu'à ce que la nuit et les difficultés du
chemin nous eussent forcés à y rentrer et à marcher pêle-mêle, avec les
fuyards de toutes armes.
(...)
Il tint à peu de chose que les résultats de cette déplorable journée ne
fussent bien différents !... Le désordre était déjà dans l'armée anglaise,
lorsque le corps prussien, s'étant dérobé au maréchal Grouchy, arriva sur
le champ de bataille et ramena la victoire plus qu'échappée, aux Anglais.
Sans cette marche adroite, le pont de Waterloo construit sur la Tamise,
l'eût été sur la Seine ! Ah ! du moins, d'après toute justice, on devrait
voir sur ce monument la statue du général prussien ! ...
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