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Géorgie
: Pays d’Asie qui fait partie de la Perse entre la mer Noire
et la mer Caspienne.(...)
Cette
vaste région pour la protection de laquelle les Perrsans et les
Turcs ont si longtemps combattu, et qui est enfin restée aux premiers,
fait un des états les plus fertiles de l’Asie. Il n’en est guère
de plus abondant, ni où le bétail, le gibier, le poisson, la volaille,
les fruits, les vins soient plus délicieux.
Les
vins du pays, surtout ceux de Téflis, se transportent en Arménie,
en Médie et jusqu’à Ispahan, où ils sont réservés pour la table
du Sophi.
La
soie s’y recueille en quantité ; mais les Géorgiens qui la savent
mal apprêter, et qui n’ont guère de manufactures chez eux pour l’employer,
la portent chez leurs voisins, et en font un grand négoce en plusieurs
endroits de Turquie, surtout à Arzeron et aux environs.
Les
seigneurs et les pères étant maîtres en Géorgie de la liberté et
de la vie, ceux-ci de leurs enfants, et ceux-là de leurs vassaux,
le commerce des esclaves y est très considérable, et il sort chaque
année plusieurs milliers de ces malheureux de l’un et l’autre sexe
avant l’âge de puberté, lesquels pour ainsi dire, se partagent entre
les Turcs et les Persans qui en remplissent leurs sérails.
C’est
particulièrement parmi les jeunes filles de cette nation (dont le
sang est si beau qu’on n’y voit aucun visage qui soit laid), que
les rois et les seigneurs de Perse choisissent ce grand nombre de
concubines, dont les orientaux se font honneur. Il y a même des
défenses très expresses d’en trafiquer ailleurs qu’en Perse ; les
filles géorgiennes étant, si l’on peut parler ainsi, regardées comme
une marchandise de contrebande qu’il n’est pas permis de faire sortir
hors du pays.
Il
faut remarquer que de tout temps on a fait ce commerce ; on y vendait
autrefois les beaux garçons aux Grecs. Ils sont, dit Strabon, plus
grands et plus beaux que les autres hommes, et les Géorgiennes plus
grandes et plus belles que les autres . Le sang de Géorgie est le
plus beau du monde, dit Chardin : la nature, ajoute-t-il, a répandu
sur la plupart des des grâces qu’on ne voit point ailleurs ; et
l’on ne trouve en aucun lieu ni de plus jolis visages, ni de plus
fines taille que celles des Géorgiennes ; mais, continue-t-il, leur
impudicité est excessive.
On
voit en Géorgie des Grecs, des Juifs, des Turcs, des Persans, des
Indiens, des Tartares et des Européens. Les Arméniens y sont presqu’en
aussi grand nombre que les naturels même. Souverainement méprisés
ils remplissent les petites charges, sont la plus considérable partie
du commerce de Géorgie, et s’enrichissent aux dépens du pays.
Quoique
les mœurs et les coutumes des Géorgiens soient un mélange de celles
de la plupart des peuples qui les environnent, ils ont en particulier
cet étrange usage, que les gens de qualité y exercent l’emploi de
bourreau ; bien loin qu’il soit réputé infâme en Géorgie, comme
dans le reste du monde, c’est un titre glorieux pour les familles.
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