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Dernière
modification: 9/02/2006
Remarques
du colonel Janin
Le colonel Janin
appartenait en 1815 à l'état-major du 6e corps d'armée, celui de Mouton,
comte de Lobau.
Lorsque parut l'ouvrage du général Gourgaud, Janin releva les nombreuses
libertés que l'auteur y avait prises avec la vérité, et il crut, pour
l'honneur de l'armée française et de ceux de ses chefs qui y étaient injustement
accusés, devoir réagir. Il rédigea donc, et publia, une brochure intitulée
:
Campagne de Waterloo
ou
Remarques critiques et historiques sur l'ouvrage du général Gourgaud,
par E.F. Janin, colonel de l'ancien état-major en non-activité,
L'ouvrage
est paru à Paris en 1820, chez Chaumerot jeune, libraire, Palais Royal,
Galerie de Bois, n° 188.
L'avant-propos de
l'ouvrage explique bien dans quel état d'esprit cette brochure a été rédigée
:
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Le
général Gourgaud a écrit une histoire de la campagne de 1815,
dont l'autorité crut devoir arrêter la publication : devenu
très rare par cette circonstance, cet ouvrage semble en avoir
acquis un nouveau prix. Longtemps, j'ai vainement désiré
de le connaître ; loin du monde, dans ma retraite absolue, j'en
avais perdu l'espoir, lorsqu'enfin on m'a procuré la satisfaction
d'en prendre lecture. Il ne m'a pas été difficile d'y reconnaître
l'empreinte d'une influence très marquée : l'auteur a la bonne
foi de ne pas la dissimuler : son but est évident ; il tend
surtout à repousser les reproches que l'inflexible histoire
prépare à la plus grande victime de cet épouvantable désastre.
Je respecte son motif ; je rends justice à la sagacité et à
l'exactitude avec laquelle il a rapporté et discuté un grand
nombre de faits ; mais je ne puis croire qu'il ait développé
sa pensée tout entière.
Apologiste, pouvait-il être historien ? Témoin oculaire, acteur
moi-même, et acteur malheureux dans ce terrible drame, qu'il
me soit permis de présenter quelques observations propres à
éclairer le jugement de la postérité, non sur les points de
politique, dont j'abandonne volontiers la discussion, mais sur
les doctrines et des faits relatifs à l'art militaire, par cela
même applicables à tous les temps, et sur les assertions qui
intéressent l'honneur de l'armée.
Je n'ai point sous les yeux l'ouvrage du général Gourgaud, que
je n'ai pu que lire, et sur lequel j'ai seulement pris quelques
notes ; c'est donc moins sur le texte que d'après l'impression
qu'il m'a faite que je vais exposer mes remarques. |
Avant
de donner de plus larges extraits de l'ouvrage, je citerai ici un passage
qui montre quel pouvait être l'état d'esprit d'une partie, sans doute
moins négligeable qu'on ne le dit aujourd'hui, des officiers de l'armée
française face au retour de Napoléon :
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Il
est bien vrai, et j'en conviendrai sans peine, que tous les
officiers marquants de l'armée, à très peu d'exceptions près,
avaient vu avec un sentiment douloureux que, poussé par un esprit
de vertige, et peut-être aussi entraîné par des insinuations
étrangères, et dupe lui-même d'un infâme machiavélisme, Napoléon
débarquât sur les côtes de France : si j'en crois des personnes
dont le témoignage m'a paru authentique, le colonel Gourgaud
lui-même partagea ce sentiment (...). Une infinité d'autres
traits que je pourrais citer prouveraient que ce sentiment fut
presque unanime ; mais on ne peut sans la plus grande injustice
et une extrême mauvaise foi en inférer que ces mêmes officiers
oublièrent ce que l'honneur prescrit à tout militaire sous quelque
drapeau qu'il combatte. Ce ne fut point, et je l'affirme sans
crainte d'être démenti, la cause de Napoléon que tous ils prétendirent
défendre, mais le territoire de la patrie, menacé par sa funeste
entreprise d'une nouvelle et plus pénible invasion ; mais l'existence
même de la patrie qui, déchirée dans l'intérieur par l'exaspération
des partis, voyait au dehors l'Europe entière prête à fondre
sur elle : il n'est pas un de nous qui ne se retraçât les scènes
affreuses du démembrement de la Pologne, dont naguère nous parcourions
encore le théâtre si longtemps ensanglanté ; pas un de nous
qui à l'exemple de ces nobles frères d'armes ne formât le vœu
de verser la dernière goutte de son sang plutôt que de supporter
un pareil outrage. Tels j'ai vu tous les officiers de l'armée
que je connais, et tous chacun dans sa sphère firent tous es
efforts pour élever jusqu'à leur hauteur l'âme des soldats qu'ils
commandaient. |
Le
témoignage de Janin est très précieux aussi en
ce qui concerne l'attaque du bois de Hougoumont.On voit que son opinion
était qu'il fallait d'abord attaquer Hougoumont (le bois),
mais que ce n'est pas le plan projeté, au dire de son général
(Mouton, comte de Lobau).
Et pourtant, l'attaque sur Hougoumont se fait... mais en dépit
du plan de bataille.
Ceci semble confirmer
que c'est l'ignorance de la force réelle de la position de
Hougoumont, du côté de l'état-major français,
qui a provoqué l'hémoragie sur le côté
gauche du dispositif, empêchant la grande attaque du centre
(Ier corps soutenu par le 2e) d'être menée à bien.
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Le
matin, j'avais été envoyé aux avant-postes
pour reconnaître la position de l'ennemi : la ligne anglaise
décrivait une courbe dont la concavité nous était
opposée, mais de manière que, projetant sa droite
en avant, sa gauche nous était refusée. Le bois
de Hougoumont, en avant de sa droite, me parut et était
en effet fortement occupé. Je pensai et je dis que ce poste
devait être préalablement enlevé. Le général,
à qui je fis mon rapport, me dit que l'attaque aurait lieu
sur le centre.
Tant pis, lui répondis-je. Voici quelles étaient
mes raisons : les Anglais, nous ayant attirés sur un champ
de bataille de leur choix en donnant à leur ligne cette
direction, paraissaient nous tendre un piège : le centre
était à la vérité leur point faible,
puisque leur ligne d'opérations se trouvait perpendiculairement
en arrière ; mais il se trouvait renforcé : 1°
par la disposition concave de leur ligne, disposition que le général
anglais paraît affectionner, et dont il s'est plusieurs
fois [servi] avec avantage ; 2° par la concentration d'une
plus grande masse de moyens de défense. La lutte engagée
sur ce point pouvait à la vérité nous conduire
à un résultat plus décisif, mais elle devait
être aussi beaucoup plus vive, beaucoup plus meurtrière,
et peut-être exigeait-elle l'emploi de toutes nos forces,
tandis que celles de l'ennemi, que renfermait ou que masquait
le bois de Hougoumont, inquiéteraient toujours notre flanc
gauche et nos derrières, et exigeraient au moins un corps
d'observation qui dans l'attaque du centre pouvait nous être
bien nécessaire. Si j'avais eu connaissance de la position
de l'armée prussienne, ce raisonnement se fortifiait encore,
puisque nous ne pouvions aborder le centre anglais sans prolonger
notre flanc droit le long de la ligne prussienne qui, se portant
en avant, nous prenait nécessairement à revers sans
que rien ne s'y opposât ; mais cette circonstance ne m'était
pas connue. Je n'imaginais pas non plus que le bois de Hougoumont
dût être attaqué en même temps que le
centre ; il me semblait que ces deux attaques simultanées
surpassaient nos moyens. L'événement ne tarda pas
à justifier mes conjectures : on échoua sur l'un
et sur l'autre.
Le second corps, chargé de la première, lança
d'abord dans le bois quelques pelotons de tirailleurs qui bientôt
furent détruits et remplacés par d'autres avec aussi
peu de succès, et dans peu de temps nous y vîmes
fondre une excellente division sans aucun résultat. |
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(...) |
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