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Brézé
(Henri-Evrard, baron de Berrye, marquis de Dreux et de), grand maître
des cérémonies, pair de France, chevalier des ordres
du roi, maréchal de camp, etc., avait épousé
une fille du général de Custine. Né en 1762,
il succéda, à l’âge de dix-neuf ans, à
son père dans la charge de grand maître des cérémonies.
Il dut, peu d’années après son entrée en fonctions,
pourvoir aux préparatifs des états généraux
: la tâche était difficile. Il débuta dans ce
rôle délicat le 20 juin 1789, jour choisi par la majorité
des membres du clergé pour se réunir aux députés
du Tiers-Etat. Afin de prévenir cette fusion, la cour avait
ordonné la fermeture des salles, sous prétexte de
travaux pour une séance royale, et le marquis dut notifier
l’arrêté du roi au président Bailly. C’est cet
incident qui décida la séance du jeu de paume. Les
dernières paroles du roi avaient été une injonction
formelle de se retirer ; toute la noblesse et une partie du clergé
avaient obéi ; mais les députés des communes
et l’autre partie du clergé étaient restés
immobiles à leur place. Tout à coup Mirabeau se lève
et, dans une improvisation entraînante, propose de ne se séparer
qu’après avoir donné une constitution à la
France. En ce moment le grand maître paraît et, s’adressant
au président : « Monsieur, lui dit-il, vous avez entendu
les ordres du roi ? – Je vais prendre ceux de l’Assemblée,
répond Bailly ; elle est ajournée après la
séance royale, et je ne puis la séparer sans qu’elle
en ait délibéré. – Est-ce là votre réponse,
et puis-je en faire part au roi ? – Oui, Monsieur. » Puis,
se tournant vers les députés qui l’entouraient : «
Je crois, ajouta-t-il, que la nation assemblée ne peut recevoir
d’ordre. » Ce fut alors que Mirabeau, s’élançant
vers le marquis, lui adressa la fameuse apostrophe, sur laquelle
on a fait bien des variantes. A l’occasion d’un incident qui s’éleva,
le 15 mars 1833 à la chambre des pairs entre le fils du maître
des cérémonies et M. Villemain, voici comment le premier
a prétendu rétablir le texte des paroles de Mirabeau.
« Je remercie l’orateur d’avoir rappelé un souvenir
historique qui se rattache à la mémoire de mon père
; les historiens du temps ont tous rapporté ce fait d’une
manière inexacte. Mon père voulut, au retour du roi
Louis XVIII, rétablir la vérité ; mais ce prince
lui demanda de n’en rien faire, et il se soumit à sa volonté…
Je puis dire aujourd'hui comment les choses se passèrent
: Mon père fut envoyé par Louis XVI pour ordonner
à l’Assemblée nationale de se séparer ; il
entra couvert : tel était son devoir, puisqu’il parlait au
nom du roi. De grandes clameurs se firent entendre à sa vue
; on lui cria de se découvrir ; mon père s’y refusa
énergiquement. Alors Mirabeau se leva, et ne lui dit point
: « Allez dire à votre maître, etc…, mais Nous
sommes ici par le vœu de la nation ; la force matérielle
seule pourrait nous faire désemparer. » Mon père
prit aussitôt la parole et, s’adressant à Bailly :
« Je ne puis reconnaître, dit-il, en M. de Mirabeau
que le député du bailliage d’Aix, et non l’organe
de l’assemblée. » Puis il se retira quelques minutes
après, et alla rendre compte au roi de cet incident. Voilà
exactement, Messieurs, comment les choses se passèrent ;
j’en appelle aux souvenirs des membres de cette chambre qui siégeaient
à l’Assemblée nationale. »
Le marquis de Brézé n’abandonna pas dans le malheur
le prince dont il avait partagé la fortune : jusqu’à
la journée du 10 août, il resta constamment près
de sa personne, et ce ne fut que du moment où il désespéra
de le servir en France, qu’il suivit le cours de l’émigration.
Plus tard, par déférence pour les ordres de Louis
XVIII, qu’il était allé rejoindre à Vérone,
il rentra dans sa patrie. A la Restauration, il courut à
Calais recevoir le chef des Bourbons, reprit ses fonctions de grand
maître des cérémonies, et en cette qualité
pourvut avant tout à la sépulture des cendres des
rois de France. Il présida plus tard aux cérémonies
du sacre de Charles X. A la chambre des pairs, il suivit la ligne
qu’il crut lui être tracée par son éducation,
sa position sociale et les liens qui l’attachaient à la famille
royale. Il mourut avant sa chute, en 1829, laissant plusieurs enfants.
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