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Farine
(Pierre-Joseph, vicomte), maréchal-de-camp,
naquit à Danrichard, en Franche-Comté, le 2 octobre
1770. Il fit de bonnes études au collège et à
l'université de Besançon, où il se fit remarquer
par une grande facilité et beaucoup d'application. Il entra,
le 9 octobre 1791, dans le 2e bataillon
des volontaires du Doubs, où il refusa d'être nommé
capitaine des grenadiers, et accepta le grade de sous-lieutenant.
Détaché, avec sa compagnie, à Mayence, à
la fin de 1792, il fit, au commencement de 1793, la retraite avec
l'armée du général Custines, et se distingua
plusieurs fois dans les affaires de guerre qui amenèrent,
peu de temps après, le déblocus de Landau ; entre
autres, dans les bois de Saverne, où, constamment à
la tête des tirailleurs, il fut blessé de deux balles,
qui lui firent de fortes contusions à la tête et à
la cuisse. Il se fit également remarquer à la bataille
de Kaiserslautern, livrée au prince de Brunswick par le général
Hoche. Nommé lieutenant de grenadiers, le 25 septembre 1794,
et capitaine, le 22 février 1795, il fut appelé à
l'état-major des armées, comme adjoint
aux adjudants-généraux ; et, en cette qualité,
il fut attaché à la division Saint-Cyr, faisant partie
de l'armée qui bloqua Mayence, et qui eut tant à souffrir
de la faim et du froid. En 1796, le capitaine Farine fit partie
de la division Delmas, et passa le Rhin avec l'armée de Moreau.
Il se trouva aux affaires de Renchen, Rastadt, Bopfingen , Nortlingen,
Neubourg, etc. ,etc. L'armée étant sur le Leck, il
fut choisi, par le général Desaix,
pour aller, à la tête d'un parti de hussards, établir
une communication avec l'armée de Sambre-et-Meuse, sous les
ordres du général Jourdan,
auquel il porta l'avis de la marche que faisait sur elle un gros
corps ennemi, détaché de l'armée autrichienne
opposée an général Moreau. Le capitaine Farine
avait à parcourir au moins 40 lieues à travers un
pays insurgé, et battu en tous sens par des corps ennemis.
Après mille dangers et plusieurs engagements, il arriva à
Lichtenau, près d'Anspach, y fut accueilli par des coups
de canon, et une vive fusillade tirée des murs de la ville,
et eut bientôt toute la population armée du bailliage
à l'entour de son bivouac. Il parvint néanmoins a
remplir sa mission d'une manière qui lui attira des témoignages
de satisfaction, tant de la part du général
Bernadotte, commandant l'aile droite de l'armée de Sambre-et-Meuse,
avec lequel il se mit en communication, que de la part des généraux
Desaix et Moreau, qui l'avaient envoyé. Lors de la retraite
du général Moreau, le capitaine d'état-major
Farine fut chargé, par ce général, de ramener,
de Stockach à Huningue, le parc général de
l'armée, plusieurs centaines de prisonniers de guerre, ainsi
que tous les bagages des corps et de l'armée. Ayant été
rencontré, le 3 octobre 1796, dans la plaine, entre Aach
et Engen, par l'avant-garde autrichienne du corps du général
Meerfeld, et n'ayant d'autres moyens, pour couvrir et sauver son
immense et riche convoi, que de combattre à outrance, avec
le peu de cavalerie à ses ordres, contre celle beaucoup plus
nombreuse des Autrichiens, il fit tête à l'ennemi,
et reçut, dans une mêlée très vive, plusieurs
coups de sabre à l'épaule gauche et à la tête
: la calotte de fer placée sur son chapeau fut coupée
de coups si violents, qu'il fut renversé de son cheval, fait
prisonnier, et conduit en Bohême ; mais les dispositions prises
à l'avance par le capitaine Farine, et la courageuse détermination
qui l'avait porté à engager le combat, sauvèrent
son convoi, qui rétrograda intact sur l'armée. Après
6 mois ou environ de captivité dans la forteresse de Thérésienstadt,
le capitaine Farine revint en France sur parole, et fut bientôt
échangé. Nommé aide de camp du général
de division Michaud, le 3 décembre 1797, il suivit en Bretagne
cet officier général, appelé au commandement
de la 13e division militaire. Il fut nommé chef de bataillon
d'état-major le 10 septembre 1799. En 1800, il accompagna
son général à l'armée d'Italie, qui
était alors sur le Var. Le 26 décembre de la même
année, au passage du Mincio, par le général
en chef Brune, le chef de bataillon Farine
fut un des 7 ou 8 officiers d'état-major cités dans
le rapport officiel de cette journée, pour avoir accompagné
le général Oudinot dans la charge hardie qu'il fit
sur l'artillerie ennemie, qui ébranlait un corps de la division
Boudet : cette charge enleva une pièce
de canon à l'ennemi, et rétablit la confiance du soldat
français. Devenu chef d'escadron au 13e
régiment de dragons, Farine fit la campagne de 1805,
en Italie, sous le maréchal Masséna,
se distingua au passage du Tagliamento, et fut cité honorablement
dans les rapports de cette affaire. Dans la même campagne,
il fut chargé du commandement d'un parti composé d'infanterie
et de cavalerie, avec ordre d'explorer et d'observer les gorges
de la Carinthie : il s'avança jusqu'au-delà de Tarvis,
et sa mission lui attira des éloges de la part des généraux
Mermet et Frésia, sous les ordres immédiats desquels
il se trouvait. En 1806, le chef d'escadron Farine fit, avec son
régiment, la campagne de Naples, sous le maréchal
Masséna, et fut nommé commandant de la place et de
l'arrondissement de Salerne, emploi qu'il exerça à
la satisfaction de l'autorité et des habitants, jusqu'au
départ de son régiment pour l'Italie supérieure.
Il fut nommé major du 29e de dragons le 7 janvier 1807, et
devint, le 7 avril 1809, colonel du 4e de même arme, qui servait
alors au 1er corps de l'armée d'Espagne, et qu'il s'empressa
de joindre. Dans la nuit du 20 au 21 décembre 1809, le colonel
Farine, avec l'agrément du général Victor de
Latour-Maubourg, sous le commandement duquel il était, fit
exécuter, par une partie de son régiment, une surprise
nocturne qu'il avait conçue contre un fort poste de cavalerie
espagnole, placé au village del Visillo (Manche), et distant
de trois lieues de son cantonnement : la réussite de ce coup
de main fut si complète, que, sans perdre un homme ni un
cheval, on ramena 22 prisonniers et 61 chevaux enlevés à
l'ennemi. Cette action fut mise avec éloge à l'ordre
du jour de la division Latour-Maubourg, et du 1er corps d'armée,
commandé par le maréchal duc de Bellune. Après
le passage de la Sierra-Morena, au commencement de 1810, le colonel
Farine, avec son régiment et un bataillon d'infanterie, occupa
Veier de la Frontera et Conil, postes intermédiaires entre
Cadix et Tariffa. Il observa en même temps la côte de
l'Océan , et les points de Tariffa , Algésiras et
Gibraltar. Le 14 mars 1810, ayant sous ses ordres le 3e bataillon
du 95e régiment d'infanterie, et un escadron de son régiment,
le colonel Farine fut chargé, par le général
Latour Maubourg, d'une forte reconnaissance sur Tariffa. Ayant trouvé
1500 Espagnols retranchés dans un camp sur les montagnes
de la Torre-Pena, il n'hésita point, malgré l'infériorité
numérique de sa troupe, à ordonner l'attaque de ce
camp. Son infanterie marcha aux Espagnols au pas de charge, pendant
que la cavalerie passait au galop sous les feux de la tour, pour
tourner la position de l'ennemi. Plus de 150 Espagnols furent tués,
et toutes les munitions et équipages furent pris et brûlés.
Le colonel Farine s'étant porté rapidement, avec sa
cavalerie, sous les murs de Tariffa, profita de la terreur des habitants
pour s'en faire ouvrir les portes, y entrer avec sa compagnie d'élite,
et y rester le temps nécessaire pour bien reconnaître
la place, ses fortifications et celles de l'Ile Verte, qui y touche.
L'ordre du jour du 1er corps s'exprima ainsi : « Cette
expédition, qui fait le plus grand honneur à M. le
colonel Farine, ne nous a coûté que 4 hommes.
» Lorsqu'au
commencement de 1811 le colonel Farine quitta, avec son régiment,
Vejer de la Frontera et arrondissement (1),
pour se rendre au siége de Badajoz, que l'on fit dans les
mois de février et de mars 1811, il s'y distingua de manière
à être cité honorablement dans les rapports
officiels du général en chef maréchal Soult.
Le 16 mai 1811, à la bataille d'Albuhera, le colonel Farine,
à la tête de son régiment, fournit, sur l'infanterie
anglaise, plusieurs belles charges, qui furent citées avec
éloges dans le rapport officiel du même maréchal.
Le colonel Farine eut, à cette affaire, un cheval blessé
grièvement sous lui d'un biscayen. Le 25 du même mois,
à Usagré, en Estramadure, le 4e régiment de
dragons étant tête de colonne, reçut ordre du
général de division Latour- Maubourg de passer le
défilé de ce village, et de se porter sur les hauteurs
en avant. Le colonel Farine, malgré l'artillerie ennemie
qui foudroyait l'étroit défilé, parvint à
le passer, et à se former de l'autre côté ;
mais, à peine eut-il gagné la sommité des hauteurs,
qu'il vit à 10 pas de lui plusieurs escadrons anglais qui
s'avançaient au pas, ayant derrière eux et sur leurs
flancs toute la cavalerie anglaise, espagnole et portugaise : son
cheval fut aussitôt tué d'un coup de pistolet par un
officier anglais, qui n'en était pas à 4 pas. Tombé
sous son cheval, le colonel Farine en fut dégagé de
la manière la plus courageuse par l'adjudant sous-officier
Dumoutier, et le maréchal des logis Herbut, et sauta rapidement
sur le cheval de ce dernier. Bientôt la mêlée
eut lieu ; le cheval de troupe qu'il montait ayant encore été
tué d'un coup de feu, il tomba au pouvoir de l'ennemi, et
fut conduit à Lisbonne, et de là en Angleterre, où
il débarqua à Plimouth, le 28 juillet, après
une traversée d'un mois : il y fut jeté, quoique malade,
dans un cachot humide, obscur et non pavé, où il resta
pendant 10 jours, avec plusieurs officiers français, prisonniers
de guerre comme lui, et même quelques femmes de ces mêmes
officiers. Cette conduite irrita tellement le colonel Farine, qu'il
forma le projet de se soustraire, aussitôt qu'il le pourrait,
à une captivité qui, sans aucun motif, commençait
tous des auspices si étranges. Il exécuta ce projet,
au prix de beaucoup d'argent, dans les derniers jours de décembre
1811 : ce fut pendant sa captivité en Angleterre que le colonel
Farine fut nommé baron, le 6 août 1811. Au mois de
mars 1812, le colonel Farine fut envoyé à l'armée
de Russie, avec l'ordre d'y commander le dépôt général
de cavalerie et des remontes de l'armée, d'abord à
Varsovie, puis à Elbing, dans la Prusse-Orientale. Envoyé,
à la fin de cette campagne, avec 300 chevaux de toutes les
armes, organisés par lui, au-devant du maréchal Macdonald,
dont il devait protéger la retraite, il le joignit au-delà
de Koenigsberg ; et, après avoir pris part au combat de Braunsberg,
ainsi qu'à divers autres que le corps du duc de Tarente eut
à soutenir jusqu'à son entrée à Dantzick,
il se jeta dans cette place, d'après l'ordre qu'il en reçut,
avec la cavalerie qu'il commandait. Le baron Farine eut, dans la
belle et longue défense de Dantzick, le bonheur de se distinguer
plusieurs fois, et d'y rendre des services toujours utiles. Le 4
février 1813, lors de la forte reconnaissance confiée
au lieutenant- général napolitain Detrez, le baron
Farine commandait les 4 escadrons de cavalerie qui en firent partie.
L'infanterie napolitaine s'étant engagée imprudemment,
elle fut bientôt ramenée en désordre par 1500
Cosaques ; « et, sans une charge faite à propos par
le colonel Farine, les Napolitains auraient tous été
infailliblement pris on tués ». C'est en ces termes
que s'exprimait le rapport officiel, et, d'après lui, la
relation de la défense de la place de Dantzick, publiée,
en 1813, par le capitaine d'Artois
( 2 ).
Dans une sortie faite, le 27 avril, dans le Nehrung, sortie qui
fut si heureuse pour le ravitaillement de la place, et qui dura
4 jours, le baron Farine fut chargé du commandement des 400
hommes de cavalerie qui y furent employés, et qui, par de
belles charges sur l'infanterie russe, et par leur vigueur, contribuèrent
si puissamment au succès de cette opération, aussi
utile que glorieuse , et à l'occasion de laquelle le colonel
Farine fut cité particulièrement par le gouverneur.
Pendant l'armistice conclu, le 4 juin, en Silésie, après
les batailles de Lutzen et Bautzen, la garnison de Dantzick ayant
communiqué avec la grande-armée, le colonel Farine
fut promu, le 26 juin, au grade de général de brigades
d'après les rapports avantageux faits sur son compte par
ce même gouverneur. Les hostilités ayant recommencé,
le 24 août, le général Farine put, par sa conduite,
se montrer digne de l'avancement qu'il venait d'obtenir. Le 29 du
même mois, il commandait la première ligne de cavalerie
qui chargea si vivement les redoutes russes établies sur
le front de Pitzkendorf, et qui s'en empara , après avoir
sabré ou fait prisonniers tous les fantassins qui les occupaient
(3) .
Quelque temps après, les chevaux de la cavalerie, qui avaient
survécu , ayant été mangés par la garnison,
le général Farine fut chargé du commandement
d'une brigade d'infanterie, en remplacement du général
Breissand, mort de ses blessures. On lui donna à remplir
les fonctions de chef d'état-major général,
à la place du général d'Héricourt, atteint
d'une maladie très grave ; fonctions qui, pendant les deux
derniers mois du siège, firent peser sur lui tous les détails
de la capitulation et de l'évacuation de la place. Le 2 janvier
1814, la garnison ayant été forcée de se rendre
prisonnière de guerre, le général Farine suivit
son sort, et fut emmené à Kiow, en Ukraine, d'où
il envoya, le 4 juin, de concert avec les autres généraux
français, également prisonniers de guerre, son adhésion
à la déchéance de Buonaparte, et au retour
des Bourbons. Il partit bientôt après pour rentrer
en France, où, le 29 juillet, il fut nommé par le
roi chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et,
le 23 août, commandeur de celui de la Légion-d'Honneur.
Au mois de février 1815, le général Farine
fut envoyé en Alsace, comme adjoint à l'inspection
générale de la cavalerie, et il exerçait cette
fonction , à Strasbourg, lors de la rentrée de Buonaparte
à Paris, le 20 mars. Le 7 avril suivant (le roi ayant alors
quitté la France depuis quinze jours), le général
Farine reçut du ministre de la guerre l'ordre de prendre
le commandement de la 1re brigade de la 3e division de cuirassiers,
brigade composée des 5e et 10e régiments de cuirassiers,
alors cantonnés en Alsace. Cette division reçut, le
6 juin, l'ordre de se rendre, à marches forcées, à
Metz, puis à Mézières, et enfin a Charleroi,
où elle arriva, le 15 au soir. Le lendemain, 16 juin, à
la bataille de Fleurus, la brigade du général Farine,
et une partie de la division Delort, firent, en avant de Ligny,
une charge qui eut le plus grand succès, et décida
la retraite de l'armée prussienne(*)
: ce fut dans cette charge que le prince Blucher fut terrassé
et courut de si grands dangers. Le général Farine
y fut blessé d'un coup de sabre à l'épaule
gauche. Le 18, à Waterloo, le général Farine
eut trois chevaux tués sous lui, et fut blessé d'une
balle à la tête. Dans cet état, il se retira
dans ses foyers, à Paris, et ne suivit point l'armée
au-delà de la Loire. En décembre 1815, le général
Farine fut chargé, par le ministre de la guerre, duc de Feltre,
d'aller licencier plusieurs corps de cavalerie, dans la 21e division
militaire. En1816, il fut envoyé dans la 4e division militaire
(à Nancy et à Lunéville), comme inspecteur
de cavalerie. En 1817, il eut la même mission dans la 10e
division militaire (à Toulouse, Auch et Carcassonne). En
1818, il prit le commandement du dépôt général
des remontes de Caen, commandement qu'il exerce encore, en 1822.
Le roi, en témoignage de sa satisfaction pour les services
du général Farine, daigna lui accorder, le 1er mai
1821, le titre de vicomte, et le nommer, par ordonnance du 20 juin
1822, inspecteur d'armes pour la cavalerie. (Etats militaires,
annales du temps.)
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