|
|
Paris en 1787 Dissertation
sur cette capitale. (…)
François Ier, régénérateur des Lettres et des beaux Arts, s’attacha à
tout ce qui pouvait contribuer à l’agrément de cette Capitale. Il fit percer
plusieurs rues, abattre plusieurs édifices gothiques et, le premier en
France, fit revivre l’architecture grecque, dont les restes, enfouis par la
main du Temps, ou mutilés par celle des Barbares, recueillis, comparés, commençaient,
à Rome, à féconder le génie de ces artistes célèbres dont cette ville se
glorifie. Les
Rois, ses successeurs, ont exécuté une partie des projets de ce Prince ;
et cette immense ville quitte insensiblement sa physionomie irrégulière et
gothique ; c’est à Louis XIV, à Louis XV, et au prince bienfaisant qui
nous gouverne, que nous devons les monuments les plus beaux et les plus utiles
don t la Nation française puisse se prévaloir. Les
ponts enfin débarrassés des maisons qui obstruaient la route et le courant
d’air, des projets adoptés pour construire de nouveaux ponts, pour dégager
le rivage de la Seine, des masures incommodes qui le déshonorent, répandront
la lumière et la salubrité dans ces quartiers obscurs et humides, embelliront
le centre de Paris, faciliteront le commerce, en contribuant à la santé des
habitants, et assureront à cette ville la supériorité sur toutes les
capitales de l’Europe. L’immensité
de son étendue et de sa population, son commerce, ses édifices, ses théâtres,
la magnificence de ses jardins, ses académies célèbres, ses riches bibliothèques,
ses écoles, ses cabinets curieux, où les leçons du savoir et du génie
s’offrent, pour ainsi dire, d’elles-mêmes aux amateurs, lui ont mérité
depuis longtemps l’admiration des peuples civilisés. Elle est
percée d’environ 1000 rues, qui sont éclairées par un nombre suffisant de réverbères ;
on y compte 46 églises paroissiales, et 20 autres églises qui en remplissent
les fonctions, 3 abbayes d’hommes, 8 de filles, 133 monastères ou communautés
séculières ou régulières d’hommes ou de filles, 15 séminaires, 10 collèges
de plein exercice, 26 hôpitaux, 45 égouts et 65 fontaines, 12 marchés, 3 arcs
de triomphe, cinq statues colossales dont quatre équestres et une pédestre,
etc. D’après
un tableau exact dressé depuis peu par un homme digne de foi, et qui a travaillé
longtemps dans les bureaux de la Capitation, il résulte que le nombre des
habitants de cette ville se monte, y compris les étrangers, à 1.130.452, dont
780.452 paient la capitation, 200.000 sont exempts pour cause de pauvreté ;
les étrangers sont au nombre de 150.000. (Note :
Il s’y consomme tous les ans deux cents vingt huit mille rames de papier. On y
compte 200 mille domestiques. Que d’esclaves ! Je voudrais connaître le
nombre des domestiques qui ne servent que pour l’opinion, le nombre des
chevaux qui portent ceux qui peuvent aller à pied, le nombre des Abbés sans bénéfices,
qui ne remplissent aucune fonction sacerdotale ; enfin, de tous ceux qui
vivent sans travail et sans revenu. Quelle étonnante clarté, quel bien ne
produirait pas un exact dénombrement !) Charles-Quint
disait de son temps : Lutetia non urbs, sed orbis. Paris n’est pas une
ville, mais un univers. Que dirait-il donc aujourd’hui ! Mais la
multitude étonnante de tant de choses et d’individus réunis, surprennent
bien moins le philosophe, que l’harmonie et le bon ordre qui y règnent :
on peut dire que la police de cette ville est le chef-d’œuvre de la prudence
humaine. Vingt-six
corps de garde, placés en différents endroits de cette ville, cent soixante
hommes du Guet à cheval, six cent quarante du Guet à pied, veillent jour et
nuit à la sûreté des habitants ; de plus, deux cents vingt-six hommes
sont destinés à la garde des ports, et sont munis de tous les remèdes qu’il
est nécessaire d’administrer aux noyés, établissement qui fait honneur à
notre siècle. La ville
de Paris se divise ordinairement en trois parties, la Cité, l’Université et
la Ville. La Cité comprend toute l’île du Palais ; elle est la
souche de la ville, d’où se sont étendus, comme des racines, les nombreux
quartiers qui l’entourent. L’Université
est bornée par la Seine, les fauxbourgs St-Bernard, St-Victor, St-Marcel,
St-Jacques et le fauxbourg St-Germain ; c’est le centre de l’érudition.
Les nombreux collèges que renferme cette partie de la ville, la multitude des
étudiants qui l’habitent, l’ont fait appeler le pays latin. (1) (1) On
assure que, pour la commodité des habitants des autres quartiers, on se propose
d’y établir un certain nombre de collèges. (Dulaure,
Nouvelle description des Curiosités de Paris, A Paris, chez Lejay –
MDCCLXXXVII –1787.) On
trouvera une description complète de la ville de Paris en 1789 dans le Voyageur
à Paris, guide « utile aux Citoyens, & indispensable aux étrangers »,
réédité aux Editions Bernard Coppens.
|