16 octobre 2002.

Paris en 1790

Statistiques.

Extrait du Moniteur universel du 25 mai 1791 :

Population de Paris de l'année 1790.

L'usage existe depuis longtemps de présenter, tous les ans au roi un état de la population de Paris. Autrefois c'était le magistrat, chef de la police, qui avait cet honneur ; aujourd'hui c'est M. le maire et les administrateurs au département de la police. Ce devoir fut négligé l'année dernière par l'effet des circonstances; mais le résultat du travail n'en  fût pas moins inséré dans la Gazette de France, d'où tous les journaux le copièrent comme une instruction utile.
Un commissaire au Châtelet, M. Joron, était chargé de la rédaction de cet état ; il les faisait sur les relevés qui lui étaient adressés par les paroisses, hôpitaux, maisons religieuses et sur d'autres renseignements authentiques. C'est véritablement un travail utile et bien présenté. La municipalité vient de prendre des arrangements pour qu'il se continue sous la direction d'un administrateur de police ; M. Joly en est chargé aujourd'hui.
C'est ce travail que, conformément à l'ancien usage, M. le maire, à la tête du département de police, a eu l'honneur de présenter au roi, le 16 de ce mois.
Il résulte des tableaux qu'il contient qu'en 1790 le nombre des baptêmes s'est élevé, à Paris, à 20.005, savoir : 10.133 garçons et 9.872 filles. Celui des morts à été de 19.447 savoir : 10.074 hommes et 9.373 filles et femmes ; dans ce nombre sont comprises les personnes mortes en religion et les étrangers.
Le nombre des mariages a été de 5.866 ; et celui des enfants trouvés reçus à l'hôpital qui leur est destiné, de 5.849, savoir : 2.967 garçons, et 2.875 filles.
Il résulte de la comparaison de ce tableau avec celui de l'année 1789, qu'il y a eu, en 1790 , 123 enfants trouvés, 622 baptêmes, 1.085 mariages de plus, et 944 morts de moins qu'en 1789.
Il résulte aussi de la comparaison des morts et des naissances, que celles-ci ont surpassé les premières de 558 en 1790.
On voit encore par ce travail qu'en 1790 il est mort 6.019 personnes dans les divers hôpitaux de Paris, savoir: 3.372 hommes, et 2.647 femmes et que 1.660 femmes y ont fait leurs couches ; ce qui fait 1.370 morts et 13 naissances de moins dans les hôpitaux qu'en 1789.
Ce résultat certain prouve que, malgré la suspension des travaux et les autres causes de détresse publique, moins de personnes sont mortes  aux hôpitaux pendant 1790 qu'en 1789 ; il est vrai que le nombre des enfants trouvés s'est accru de 123 ; mais cette circonstance peut tenir en partie à la négligence des règlements si sagement établis par M. Necker, sur le transport de ces innocentes créatures. Il en vient des provinces à l'hôpital de Paris; on les y fait passer avec d'autant plus d'empressement que l'intolérantisme des campagnes ne connaît point de mesure à l'égard des enfants illégitimes, et qu'ils y sont, comme leurs mères, un objet d'opprobre et de réprobation publique.
On a pu remarquer encore que le nombre des mariages a été, en 1790, de plus d'un cinquième plus considérable que celui de l'année précédente, et que les naissances, pendant ce même temps, ont surpassé les morts de 558.
Dans une ville comme Paris, où les affaires, le commerce, les plaisirs et la liberté morale attirent un grand nombre d'individus qui n'y sont pas nés, je crois qu'on peut adopter, pour l'estimation du nombre des personnes qui l'habitent, le plus grand des rapports indiqué par les économistes pour calculer la population, c'est 33 ; ce nombre multiplié par 20.005, nombre des naissances en 1790, donne un produit de 660.165 habitants. En multipliant le nombre des morts par le même facteur, on a 641.751, ce qui est à peu près le terme moyen des calculs ordinaires sur la population de Paris.

(Article de M. Peuchet.)

(Le Moniteur universel, 25 mai 1791.)

 

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