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13/11/2002
France
Paris
Paris en 1800
Notes extraites de l'Almanach Parisien,
ou Guide de l'étranger à Paris, contenant une indication des choses les plus
curieuses et les plus intéressantes, qui méritent de fixer l'attention d'un
étranger. A Paris, chez Barba, libraire, palais du Tribunat, galerie
derrière le théâtre de la République, n° 51. an IX
Étranger, si vous êtes curieux de savoir ce que fut Paris à diverses époques, si
vous êtes jaloux de lire des détails instructifs depuis sa fondation jusqu'à nos
jour, lisez les Essais sur Paris, par Sainte-Foi, le Voyageur à Paris,
l'ouvrage de Dulaure et le Tableau de Paris, par Mercier. Vous
ne devez point vous attendre à trouver dans ce livret ni descriptions ni
commentaires. Nous ne l'avons point grossi par la nomenclature des savants et
des artistes, nous aurions craint d'omettre involontairement les noms de
quelques hommes célèbres. Nous vous parlons des choses, vous entendrez assez
parler des individus. Si nous citons quelques acteurs, si à l'article des
spectacles nous nous sommes permis quelques réflexions, c'est que cela ne tire
point autant à conséquence. Nous convenons que cet ouvrage est bien loin de ce
qu’il pourrait être rédigé par des mains plus habiles ; mais tel qu'il est, nous
pensons qu'il peut être de quelque utilité.
Premières autorités de la république.
Le
premier consul a fixé sa résidence au palais des Tuileries. Le consul Lebrun y
demeure également. Le consul Cambacérès est logé au ci-devant hôtel de Marbeuf,
place du Carouzel.
Le 5 de chaque décade, le premier consul, à l'heure de la parade, passe en
revue, dans la cour des Tuileries, les différents corps stationnés à Paris.
La belle tenue des troupes, la magnificence des officiers supérieurs, la superbe
musique que l'on entend, l'appareil militaire déployé avec pompe et majesté,
font de ces parades un spectacle très imposant et toujours très suivi.
Ministres.
voir Ministres
Conseillers d'Etat
Section des finances
- Les citoyens
Defermont, Devaisnes, Dubois (des Vosges),
Section de législation civile et criminelle.
- Les citoyens
Boulai (de la Meurthe), Berlier,
Moreau-Saint-Méri, Emmeri, Réal ;
Section de la guerre
- Les citoyens Brune, Dejean, Lacuée, Petiet, Bernadotte, Marmont
Section de la Marine
Les citoyens Gantheaume, Champagny, Cafarelli du Falga, Fleurieu, L'Escallier
(chargé spécialement des colonies), Redon, Barbé-Marbois, Najac.
Section de l'intérieur
- Les citoyens Roederer, Bénézech, Cretet, Chaptal, Regnaud de
Saint-Jean-d'Angeli, Fourcroi, Joseph B
Secrétaire général : Locré
Le sénat conservateur tient ses séances au palais du Luxembourg. Elles
ne sont jamais publiques.
Le corps législatif occupe l'ancien palais du conseil des cinq-cents.
- Le Tribunat occupe le Palais-Egalité, que l'on nomme Palais du
Tribunat.
Tous les tribunaux sont réunis au palais de Justice.
- Le préfet de police occupe l'ancien hôtel de la Mairie ; c'est là que
les étrangers doivent se présenter pour faire visiter leurs passeports.
Le préfet de police, d'après un arrêté des consuls, délivre les cartes de sûreté
et les passeports, que délivraient auparavant les municipalités.
Municipalités.
Il y a douze municipalités dans Paris. Chaque municipalité contient quatre
divisions.
Le chef-lieu de la première est maison Latour, place Beauveau, n° 62, division
du Roule. Cette municipalité est composée des divisions des Tuileries, des
Champs-Elysées, du Roule et de la place Vendôme.
Le chef-lieu de la seconde est rue d'Antin, n° 926, division Lepelletier. Les
trois autres divisions, dont elle est composée, sont celles de la
Butte-des-Moulins, du Mont-Blanc et du faubourg Montmartre.
Le chef-lieu de la troisième est aux ci-devant Petits-Pères, division du Mail.
Les trois autres divisions, dont elle est composée, sont celles Poissonnière,
Brutus et du Contrat-Social.
Le chef-lieu de la quatrième est rue Coquillière, division de la Halle-au-Bled.
Les trois autres divisions sont celles des Gardes-Françaises, du Muséum et des
Marchés.
Le chef-lieu de la cinquième est ci-devant Presbytère Laurent, faubourg Martin.
Ses quatre divisions sont celles de Bon-Conseil, Bonne-Nouvelle, faubourg du
Nord et Bondi.
Le chef-lieu de la sixième est à la ci-devant Abbaye Martin. Ses quatre
divisions sont celles du Temple, des Amis de la Patrie, des Gravilliers et des
Lombards.
Le chef-lieu de la septième est rue Avoye, n° 160.. Ses quatre divisions sont
celles e la Réunion, des Arcis, de l'Homme-Armé et des Droits-de-l'Homme.
Le chef-lieu de la huitième est place du Parc, maison ci-devant Villedeuil, n°
289. Ses quatre divisions sont celles du des Quinze-Vingts, Montreuil,
Popincourt et de l'Indivisiblité.
Le chef-lieu de la neuvième est au ci-devant Presbytère Jean-en-Grève.. Ses
quatre divisions sont celles de la Fraternité, de la Cité, de la Fidélité et de
l'Arsenal.
Le chef-lieu de la dixième est rue de l'Université, n° 347. Ses quatre divisions
sont celles des Invalides, de la Fontaine-de-Grenelle, de l'Unité et de l'Ouest.
Le chef-lieu de la onzième est rue Mignon, André-des-Arcs. Ses divisions sont
celles du Pont-Neuf, du Théâtre-Français, du Luxembourg et des Thermes.
Le chef-lieu de la douzième est place du Panthéon. Ses quatre divisions sont
celles du Panthéon, du Jardin-des-Plantes, de l'Observatoire et du Finistère.
Emplette nécessaire.
Celui qui arrive pour la première fois à Paris, et à qui ses moyens ne
permettent pas d'avoir une voiture à ses ordres, doit se procurer une carte de
Paris, qu'il consultera chaque fois qu'il aura de courses à faire ; ce qui lui
évitera le désagrément de faire bien des pas inutiles et d'être quelquefois la
dupe des fausses indications qu'on pourrait lui donner sans malveillance : les
Parisiens sont en général très complaisants sur cet article. Rien de plus
ordinaire que de voir une jolie marchande quitter son comptoir pour indiquer la
route qu'on lui demande. Il n'en est pas de même à Londres, où les grossiers
habitants de cette ville enfumée, se font un malin plaisir de fourvoyer à
dessein les pauvres étrangers.
La Bourse.
Elle est maintenant aux Petits-Pères. C'est là que se fait la négociation de
tous les effets publics. On ne peut y entrer qu'avec une patente. Elle ouvre à
deux heures.
Fripiers.
Les marchands de vieux habits se réunissaient autrefois rue de la
Ferronnerie ; ils obstruaient le passage : après les avoir délogés de là et du
gazon du Louvre, où l'on n'aimait point à les voir, on les a relégués pour
toujours dans l'emplacement qu'occupaient les jacobins. Rien n'égale l'activité
du commerce de ces fripiers subalternes. Une vieille culotte dans l'espace d'un
quart d'heure est vendue et revendue dix fois de suite ; lorsque l'on considère
tant de guenilles réunies, on croit voir vendre la défroque des anciens
propriétaires de ce local, de ces fameux jacobins sans-culottes, qui nous
gouvernaient avec tant de douceur.
Halles.
Halle aux blés, farines et grains, rue de Viarme, quartier Honoré. Cette
halle, par sa belle construction, mérite, comme monument public, de fixer
l'attention d'un étranger.
Halle aux cuirs, rue Mauconseil. Elle est sur l'emplacement du célèbre hôtel de
Bourgogne.
Halle aux draps, aux toiles, à la marée, aux fruits, aux herbages, aux choux,
rue de la Ferronnerie.
Halle aux poissons d'eau douce, rue de la Cossonnerie.
Halle aux vins, sur le quai des fossés Bernard.
Marchands de
comestibles, restaurateurs, pâtissiers.
Arts, métiers,
Manufactures, Marchandises, Remèdes.
Défiez-vous de ces annonces où l'on
vous promet des marchandises au-dessous du cours. C'est un charlatanisme dont
ceux qui vivent à Paris ne sont plus les dupes.
Un charlatanisme plus dangereux est celui de ces prétendus guérisseurs qui font
distribuer au Pont-Neuf et dans tous les lieux où il passe beaucoup de monde,
des affiches qui indiquent leur demeure et où ils font un merveilleux étalage de
l'excellence de leurs remèdes. Un temps viendra sans doute, où l'on sévira
contre ces empoisonneurs publics. Cependant le mal va en croissant, chaque jour
voit éclore un empirique nouveau ; et la crédulité, l'espoir trompeur de
recouvrer la santé, ce bien si précieux, leur conduisent chaque jour de
nouvelles victimes.
Bains publics.
Le C. Albert, quai d'Orsay, au coin de la rue de Belle-Chasse, en face des
Tuileries, a bien mérité de l'humanité par son salutaire établissement. A
l'imitation de Orientaux, il nous a donné des bains de vapeurs qui soulagent une
foule de maux, qui résistent à tous les efforts de la médecine. On y prend les
bains médicamentaux, les douches ascendantes et descendantes. Il est fâcheux que
les frais qu'ils occasionnent ne permettent qu'à la classe aisée d'en faire
usage ; mais tel est partout le sort des pauvres et des indigents : ils sont nés
pour souffrir.
Les nouveaux bains de Poitevin au bas du pont national, sont les plus vastes et
les plus beaux que l'on eût encore vus sur la rivière. On y a ménagé une
terrasse, couverte d'arbustes encaissés, qui offre une promenade agréable, avant
et après le bain. Le prix des bains sur la Seine est de 1 fr. 20 cent.
On trouve également des bains dans différents quartiers de Paris. Ceux du
Waux-Hall-d'Eté, boulevart du Temple, sont fort agréables ; ils sont du même
prix.
Promenades publiques.
Les boulevarts offrent une promenade
agréable tout autour de Paris. Ils s ont très bien entretenus. Les élégantes
depuis quelque années ont donné la vogue à celui des Italiens.
La belle heure d'y aller est depuis midi, jusqu'à quatre heures.
Le boulevart du Temple est moins couru qu'autrefois. Les parades y attirent vers
le soir, les artisans, les enfants et les rentiers du Marais.
Ceux qui aiment la solitude vont aux boulevarts Neufs.
Les Champs-Elysées, dans les beaux jours, offrent un spectacle charmant par la
foule des jolies femmes qui viennent pour voir et pour être vues.
Les Tuileries sont depuis quelque temps le jardin à la mode. Les allées qui sont
au-dessous de la terrasse des Feuillants sont devenues un rendez-vous général.
La foule y est qqf si grande que l'on ne peut ni s'y promener et encore moins
s'y procurer une chaise. L'espace ne manque point cependant, mais la mode, ce
tyran impitoyable, veut que l'on s’amoncelle dans les deux allées les plus
étroites, pendant que le reste du jardin est abandonné aux enfants, à leurs
bonnes, aux vieillards, et à ceux qui se promènent pour le plaisir de se
promener.
(…).
Le jardin du Palais-Egalité, depuis que le cirque n'existe plus, et qu'il est
remplacé par un joli gazon, commence à être fréquenté le soir. Quand les arbres
seront assez grands pour donner de l'ombrage, ce jardin sera ce qu'il était
autrefois, le rendez-vous général de tous les étrangers. Sa situation au centre
des plaisirs et des affaires, ces boutiques élégantes, qui offrent sans cesse
les productions des arts, du luxe et du commerce, flattent l'œil du curieux et
provoquent le désir d'acheter ; les cafés, les libraires, les jeux, les
spectacles, ces longues galeries couvertes qui présentent un abri contre les
orages soudains de l'été, et la seule promenade qui existe dans les jours
nébuleux de l'hiver, tout concourt à lui assurer, dans la suite, la prééminence
pour l'agrément et les commodités qu'il renferme.
Voitures de place.
Elles sont plus élégantes qu'elles ne l'étaient autrefois ; on en trouve dans
tous les quartiers de Paris. Le prix de la course est fixé à 1 fr. 50 c. ; à
l'heure, 2 fr. la première, et 1 fr. 50 c. les suivante. Les cochers ont
conservé l'habitude d'être insolents, surtout avec les femmes, ou les hommes qui
ont un air pacifique. Celui qui croit avoir un sujet de se plaindre d'eux, doit
les traduire devant le commissaire de police le plus voisin, qui les punit
toujours lorsqu'ils ont tort. La simple menace qu'on leur en fait, suffit
toujours pour les rendre plus dociles.
Cabriolets.
Ils se sont multipliés d'une manière effrayante ; comme rien ne les
distingue à présent des cabriolets des particuliers, les jeunes gens les
préfèrent aux fiacres.
Louis XV disait, "si j'étais lieutenant de police, je défendrais les
cabriolets." Depuis la révolution on a essayé tantôt de les interdire, tantôt
d'en restreindre le nombre ; mais tant de gens ont jeté les hauts cris, qu'il a
fallu laisser subsister cet abus, très agréable pour les gens aisés et les
hommes d'affaires. tout ce qu'on a pu obtenir, c'est que les chevaux porteraient
un grelot, qui avertirait les piétons de se garer ; mais le grelot ne préserve
pas l'ignorant conducteur des accidents qui lui sont personnels. Ces voitures
dont la voie est trop étroite et la caisse trop élevée, versent très facilement,
et la chute qui vous précipite sur le pavé est toujours dangereuse. Ces voitures
ont pour ennemis tous les cochers, les boueurs, les rouliers qui ne se rangent
pas pour leur livrer passage, et qui se plaisent à les accrocher. Conduire un
cabriolet dans les rues de Paris est bien plus un travail qu'un plaisir.
Étranger, si vous aimez vos aises, préférez le fiacre, et les accidents imprévus
ne seront point à votre charge.
Cafés.
On trouve des cafés partout ;mais ils ne sont pas tous également fréquentés.
On va citer quelques-uns de ceux qui ont la vogue.
Le café du Caveau est renommé pour les glaces à la française ; la rotonde qui
est saillante dans le jardin est toujours remplie de jolies femmes et d'amateurs
de ce genre de friandises.
Le café Italien, galeries du Palais-Egalité, est renommé pour l'excellence du
café qu'on y prend, celui de Foi pour ses liqueurs.
Le café, dit des Aveugles, près le théâtre de la République, offre une bonne
musique, exécutée par des Aveugles.
Le café des Mille-Colonnes, présente un local superbe. La bière y est fort
bonne.
En général on est fort bien servi dans tous les cafés du centre de Paris.
Ceux qui veulent faire un déjeuner solide, avec du jambon, des viandes froides,
de la pâtisserie, vont au café des Colonnes, rue de la Loi. Beaucoup d'artistes
s'y réunissent le soir pour y boire de la bière, qui ordinairement y et
excellente.
Le bon ton est d'aller prendre des glaces chez Frascati, rue de la Loi, près le
bd, et au pavillon d'Hanovre. Les appartements y sont du luxe le plus recherché.
On y entend de jolis concerts, et l'on jouit dans l'été du plaisir de la
promenade, dans deux jardins décorés avec goût où des glaces disposées avec art,
reflètent la lueur tremblante des lampions, grandissent l'espace et procurent à
nos beautés le plaisir de s'admirer elles-mêmes.
Le Panorama, au jardin des
ci-devant Capucines, boulevart d'Antin.
Ce sont deux tableaux circulaires qui
tapissent deux rotondes bâties exprès. Elles sont éclairées par le haut. Les
spectateurs sont placés sur deux galeries rondes, qui occupent le centre de
l'édifice, et qui sont à quelque distance des tableaux. Dans une de ces
rotondes, on voit Paris, et dans l'autre Toulon. Prix : 1 franc 50 centimes.
Bal de l'Opéra.
Longtemps fermé, il a rouvert l'hiver
dernier. Il a été suivi avec fureur. Cette bruyante cohue peut amuser ceux qui
sont au courant des anecdotes du jour, qui, sous le masque, devinent le
personnage important, ou la coquette célèbre qui n'être pas reconnue. On dit et
l'on entend qqf des vérités piquantes ; mais l'étranger qui ne connaît personne,
qui n'est au fait de rien, ne voit que des masques qui se heurtent, se pressent
et se foulent en tous sens. Il se sauve bien vite et ne conçoit pas quel genre
de plaisir on peut goûter dans un pareil rassemblement.
Établissement commode.
Un particulier a trouvé le moyen de
faire sa fortune en établissant des cabinets d'aisance dans le palais du
Tribunat, derrière le théâtre de la République. Il st des moments dans la
journée où un étranger peut lui savoir gré d'avoir eu cette idée.
Décrotteurs.
Tous les arts tendent à la
perfection : les artistes-décroteurs ont loué des boutiques dans le
palais du Tribunat, où l'on vous place commodément sur une estrade, et où l'on
vous procure la lecture d'un journal par-dessus le marché. Ces décrotteurs, à
qui l'on doit de la reconnaissance, ne font pas payer plus cher que les
décrotteurs en plein vent.
Spectacles
Les spectacles à Paris sont d'un intérêt
si général, qu'avant d'indiquer les principaux, on nous permettra de faire à
leur sujet une digression plus importante qu'elle ne peut le paraître au premier
aperçu.
Paris, il y a environ soixante ans, ne possédait que trois théâtre, et souvent
ils avaient bien de la peine à se soutenir. Le goût des spectacles s'étant
insensiblement répandu, les ministres permirent successivement d'en ouvrir six
autres, que l'on nommait petits spectacles (1 : Les grands théâtre étaient
l'Opéra, les Français, les Italiens ; les petits, Audinot, Nicolet, les
Variétés, les Petits comédiens de Beaujolais, les Associés et les Délassements
comiques. Ces deux derniers n'obtenaient que des permissions annuelles, qui
étaient toujours prorogées), et qui étaient sans cesse arrêtés, par les grands,
dans l'essor qu'ils voulaient prendre. La comédie française avait seule le droit
de jouer de grands ouvrages ; elle exerçait encore celui de censure sur les
pièces destinées aux petits théâtre ; et elle l'exerçait qqf d'une manière
despotique. Les auteurs, toujours en querelle avec les comédiens qui leur
faisaient la loi, sollicitaient, mais en vain, l'ouverture d'un second théâtre
français. La révolution arriva, et on leur accorda plus qu'ils n'eussent dû
obtenir. La liberté illimitée des théâtre fut décrétée. Ce qui sembla d'abord un
bienfait, ne tarda pas à amener la décadence d'un art qui tient de très près aux
mœurs et à la morale publique Une foule de théâtres nouveaux fut ouverte, et
comme le nombre des spectateurs n'augmentait pas, comme celui des spectacles,
l'attrait de la nouveauté disséminant les amateurs, la recette, partagée entre
tant de concurrents, cessa d'être assez abondante pur chaque établissement en
particulier, et ils furent bientôt tous en faillite. Il est temps de mettre un
terme à la rapacité de ces entrepreneurs sans moyens et sans talent, qui ne
louent un théâtre qu'avec l'intention formelle de faire des dupes. Ils
promettent de gros appointements à de malheureux artistes, avec la certitude de
ne point les payer ; ils séduisent des auteurs qui ne recueillent avec eux ni
gloire, ni profit ; et ils escroquent des fournisseurs que l'appât du gain et le
besoin de vendre rendent continuellement leurs victimes. S'ils font par hasard
quelques bonnes recettes, elles disparaissent, sans qu'ils daignent en justifier
l'emploi. Que l'entreprise aille bien ou mal, ils en tirent toujours de quoi
suffire à leurs besoins ; ils trouvent dans la lenteur des tribunaux le moyen
d'échapper à la poursuite de leurs créanciers. Un entrepreneur de ce genre
a-t-il disparu, il est bientôt remplacé par un autre ; il promet de payer les
dettes de son devancier ; il trouve du crédit, pcq chacun espère recouvrer ce
qu'il a perdu, et se berce d'un espoir qu'il est impossible de réaliser.
Un moyen bien simple, cependant, s'offre pour faire cesser ce scandaleux
brigandage ; il n'attente pas à la propriété, il ne met point de limites à la
liberté des théâtre. Cette liberté consiste en ce que chacun d'eux puisse
attirer le public de la manière qu'il l'entend ; mais cette liberté ne peut pas
être celle de voler avec impunité.
Permettez, si vous le voulez, à tous les comédiens en société d'ouvrir un
spectacle à leurs risques et périls, en cautionnant toutefois les frais que
nécessite leur exploitation ; mais exigez impérativement que l'entrepreneur qui
veut jouir du même droit, dépose chez un notaire, en espèces métalliques, de
quoi faire face, pendant un an, aux engagements qu'il contracte. Personne n'aura
droit de se plaindre de cette mesure. Pour la mettre en vigueur, l suffira d'un
simple arrêté ; le bien e l'art, la morale, l'intérêt public et particulier le
réclament. Si ce n'est pas le seul moyen d'opérer une réduction ardemment
désirée, c'en est un au moins qui parerait en partie aux abus dont on ressent
les tristes conséquences.
Théâtre des Arts, ci-devant de l'Opéra, rue de la Loi.
Théâtre Français de la République, rue de la Loi
Théâtre de l'Opéra-Comique-National, rue Favart
Théâtre Lyrique de Feydau, et l'Odéon
Théâtre de Vaudeville
Théâtre des Troubadours, rue Louvois
Théâtre de la Cité, place du Palais de Justice.
Théâtre Montansier, palais du Tribunat
Théâtre de l'Ambigu-Comique, boulevard du Temple
Théâtre de a Gaîté, boulevard du Temple
Autres théâtres de Paris. Les autres théâtre de Paris ont une existence
si éphémère, si incertaine, qu'on n'a pas cru devoir consacrer un article à
chacun d'eux en particulier. Qu'en pourrions-nous dire ? on joue la comédie au
Marais ; on y distingue mademoiselle Pothier, qui a du talent dans l'emploi des
caractères. On y a joué la comédie des Charlatans littéraires, méchante satire,
qui n'eût point été achevée sur un théâtre plus fréquenté. Le théâtre des Jeunes
Artistes affiche toujours, et est la proie de tous les entrepreneurs sans
ressource. On dit que celui de Molière va rouvrir ; une affiche curieuse nous
apprend qu'on va jouer le vaudeville ; mais uniquement le vaudeville au théâtre
des Victoires Nationales, et que, pour sauver l'ennui des entres actes, on y
donnera cependant des comédies. Est-ce une mauvaise plaisanterie, ou une sottise
d'un nouveau genre ? C'est au lecteur à prononcer.
(Almanach Parisien, ou Guide de l'étranger à Paris; Contenant une indication
des choses les plus curieuses et les plus intéressantes, qui méritent de fixer
l'attention d'un étranger. A Paris, chez Barba, libraire, palais du Tribunat,
galerie derrière le théâtre de la République, n° 51. An IX.)Avant-Propos.