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Perse
: Grand royaume d’Asie, borné au nord par la Circassie et la Géorgie
; au midi par le golfe Persique et la mer des Indes ; au levant
par les états du Mogol ; et au couchant par la Turquie asiatique.(...)
Le
royaume est un état monarchique, despotique ; la volonté du monarque
sert de loi. Il prend le titre de sophi,
en qualité de fils de prophète ; il est en même temps le chef
de la religion. Les enfants légitimes succèdent à la couronne ;
à leur défaut, on appelle les fils des concubines ; s’il ne se trouve
ni des uns, ni des autres, le plus proche des parents du côté paternel
devient roi. Ce sont comme les princes du sang, mais la figure qu’ils
font est bien triste ; ils sont si pauvres, qu’ils ont de la peine
à vivre. Les fils du sophi sont encore plus malheureux : ils ne
voient jamais le jour que dans le fond du sérail, d’où ils ne sortent
pas du vivant du roi. Il n’y a que le successeur au trône qui ait
ce bonheur ; et la première chose qu’il fait, est de priver ses
frères de l’usage de la vue, en leur faisant passer un fer rouge
devant les yeux, afin qu’ils ne puissent aspirer à la couronne.
Après le sophi, les grands pontifes de la religion mahométane tiennent
le premier rang à sa cour ; ils sont au nombre de quatre. Le premier
pontife de Perse s’appelle sadre-cassa,
il est le chef de l’empire pour le spirituel, gouverne seul
la conscience du roi, et règle la cour et la ville d’Hispahan, selon
les règles de l’alcoran. Il est tellement révéré, que les rois prennent
ordinairement les filles des Sadres pour ; il commet le second pontife
pour avoir soin du reste du royaume, et établit des vicaires dans
toutes les villes capitales des provinces. On lui donne la qualité
de nabab, qui veut dire,
vicaire de Mahomet et du roi.
Il
y a six ministres d’état pour le gouvernement du royaume, et chacun
a son département ; on les appelle rhona-dolvet,
c’est-à-dire les colonnes de l’empire. Le premier est le grand
visir ; il est le chancelier du royaume, le chef du conseil, le
surintendant des finances, des affaires étrangères et du commerce.
Toutes les gratifications et les pensions ne se paient que par son
ordre.
Toute
la Perse est pour ainsi dire du domaine du roi, mais ses revenus
consistent encore en impôts extraordinaires, et en douanes qu’il
afferme ; les deux principales sont celle du golfe Persique, et
celle de Ghilan.; ces deux douanes sont affermées à environ 7 millions
de notre monnaie.
Les
troupes de sa maison qui montent à quatorze mille hommes, sont entretenues
sur les terres du domaine ; celles qu’il emploie pour couvrir ses
frontières, peuvent monter à cent mille cavaliers, qui sont aussi
entretenus sur le domaine. Le roi de Perse n’a point d’infanterie
réglée ; il n’a point non plus de marine ; il ne tiendrait qu’à
lui d’être le maître du golfe d’Ormus, de la mer d’Arabie, et de
la mer Caspienne ; mais les Persans détestent la navigation.
Leur
religion est la mahométane, avec cette différence des Musulmans,
qu’ils regardent Ali pour le successeur de Mahomet ; au lieu que
les musulmans prétendent que c’est Omar. De là naît une haine irréconciliable
entre ces deux nations.
(...)
Si
la plupart des princes de l’Asie ont coutume d’affecter des titres
vains et pompeux, c’est principalement du monarque persan qu’on
peut le dire avec vérité. Rien n’est plus plaisant que le titre
qu’il met à la tête de ses diplômes ; il faut le transcrire ici
par singularité.
“Sultan
Ussein, roi de Perse, de Parthie, de Médie, de la Bactriane, de
Chorazan, de Candahar, des Tartares Usbecks ; des royaumes d’Hircanie,
de Draconie, de Parménie, d’Hidaspie, de Sogdiane, d’Aric, de Paropamize,
de Drawgiane, de Margiane et de Caramanie, jusqu’au fleuve Indus
; Sultan d’Ormus, de Larr, d’Arabie, de Susiane, de Chaldée, de
Mésopotamie, de Géorgie, d’Arménie, de Circassie ; seigneur des
montagnes impériales d’Ararac, de Taurus, du Caucase ; commandant
de toutes les créatures, depuis la mer de Chorazan, jusqu’au golfe
de Perse, de la famille d’Ali, prince des quatre fleuves, l’Euphrate,
le Tigre, l’Araxe et l’Indus ; gouverneur de tous les sultans, empereur
des Musulmans, rejeton d’honneur, miroir de vertu, et rose de délices,
etc.
La
Perse est située entre le 79 et le 108d
de longitude, et entre le 25 et 42d
de latitude. On la divise en treize provinces, dont six à l’orient,
quatre au nord, et trois au midi. (...)
(Le
Chevalier de Jaucourt.dans Encyclopédie méthodique, tome 12, 1765)
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