Dernière modification:
13/11/2002
Restaurateurs
Marchands de comestibles,
restaurateurs, pâtissiers.
Leur nombre s'est
prodigieusement accru depuis la révolution. Si les beaux-arts ont perdu de leur
éclat, l'art de manger des bonnes choses est porté à un degré de perfection, qui
fait honneur à nos modernes enrichis. Ils ont retourné la fameuse devise que
l'Harpagon de Molière voulait faire écrire, en lettre s d'or, sur l'endroit le
plus apparent de sa maison : Il faut manger pour vivre : à présent l'on
dit, il faut vivre pour manger.
La nomenclature de tous ceux qui font ce commerce lucratif avec succès,
serait aussi longue que fastidieuse. Nous indiquerons aux connaisseurs le
magasin de comestibles, dit des Américains, rue Honoré. Mercier en a fait
l'éloge dans son Tableau de Paris. Il s'est mis à dos les peintres et les
astronomes, il méritera toujours la reconnaissance des amateurs de la bonne
chère, et sur cet article on peut s'en fier à ses profondes connaissances.
Restaurateurs.
Les restaurateurs ou restaurants n'étaient pas connus à Paris il y a trente
ans. Leur dénomination est due au premier qui entreprit cette manière de traiter
à la carte ; il ne servait que des viandes froides ; il se nommait Boulanger ;
il avait mis pour enseigne sur sa porte, ce passage tiré de l’Évangile :
Venite ad me omnes qui laboratis stomacho et ego restaurabo vos.
Les imitateurs de Boulanger l'ont fait bien vite oublier ; ils ont employé
toutes les ressources de leur art pour s'attirer des pratiques, emplacements
superbes, salles décorées avec magnificence, ragoûts recherchés, vaisselle
plate, excellents vins ; ils ont tout prodigué pour flatter les yeux et le goût.
Il est vrai que l'on ne dîne plus à aussi bon compte qu'autrefois ; mais au
moins l'on est bien servi pour son argent. Il reste encore les gargotiers pour
les commis, les étudiants, les peintres et les gens de lettre.
Les plus fameux restaurateurs sont au Palais-Egalité. Les Véri, les Méot, les
Beauvilliers jouissent d'une réputation distinguée parmi les gourmets et les
gourmands. Rose au boulevart Italien, Banclien à celui du Temple, et Aurant, rue
de la Michaudière, ne le cèdent en rien à leurs rivaux.
On trouve des pâtissiers dans tous les quartiers de Paris ; mais de tous les
quartiers de Paris, on vient acheter de la pâtisserie chez Rouget, vis-à-vis le
café dans la Régence ; chez Nivet, rue de la Loi, vis-à-vis le théâtre de la
République ; chez Bailli, rue Vivienne, près du passage du théâtre Feydau ; et
chez la veuve Thomas, boulevard du Temple, vis-à-vis la rue Charlot.
Le voyageur qui veut jouir de l'avantage de trouver partout un bon consommé,
peut s'adresser au C. Prévost, rue d'Orléans, n° 28, près la rue Honoré. Il vend
avec succès des essences de viande et donne un imprimé qui indique la manière de
s'en servir.
(Almanach
Parisien, ou Guide de l'étranger à Paris, contenant une indication des
choses les plus curieuses et les plus intéressantes, qui méritent de fixer
l'attention d'un étranger. A Paris, chez Barba, libraire, palais du Tribunat,
galerie derrière le théâtre de la République, n° 51. An IX.)