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Dernière
modification le 15 octobre 2006.
Traite
des noirs
La
période 1789-1815 est marquée par le combat incessant mené
par les esprits les plus éclairés (du point de vue de la
dignité humaine au moins) pour la suppression de l'esclavage et
de son corollaire, la traite.
En
ce qui concerne la France, on retiendra la date du 4 février 1794,
marquée par l'abolition de l'esclavage décrétée
par la Convention, et celle du 17 mai 1802,
qui vit Napoléon Bonaparte rétablir cette honteuse institution.
En
attendant des développements sur ces événements,
voici l'article sur la Traite tel qu'on le trouve dans le Dictionnaire
français illustré et Encyclopédie universelle
de Dupiney de Vorepierre (1858). Cet article est d'autant plus intéressant
qu'il a été publié sous le Second Empire, dix ans
à peine après l'abolition de l'esclavage par la République
française, et alors qu'il se pratiquait encore de façon
intensive dans les Etats du sud des Etats-Unis :
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Au
commencement du XVe siècle, au moment où les serfs commençaient
à disparaître, rien ne pouvait faire supposer que l’esclavage
allait se montrer de nouveau dans le monde chrétien. C’est
pourtant ce qui eut lieu, et il est à remarquer que ce honteux
événement s’accomplit dans des pays qui se piquaient
d’observer avec le plus de ferveur les enseignements du Christ. Les
musulmans, chassés de l’Espagne après la bataille de
Ceuta, en 1415, allèrent chercher un asile dans différentes
parties de l’Afrique. Les Portugais les y poursuivirent jusque sur
les côtes d’Arguin et, en 1440, ils en amenèrent quelques-uns
à Lisbonne, où ils les réduisirent en servitude.
L’appât du gain tenta les aventuriers, et d’autres enlèvements
eurent lieu. Les parents de ces prisonniers, ne pouvant les racheter,
offrirent, en 1442, de les échanger contre des esclaves nègres,
et de cet échange naquit l’infâme trafic qu’on a depuis
appelé la Traite des noirs. Les Espagnols et les Anglais
suivirent bientôt l’exemple des Portugais et, en quelques années,
tout le littoral de l’Afrique, depuis l’embouchure du Sénégal
jusqu’à l’extrémité de l’Angola, devint un immense
marché d’esclaves pour la plupart des nations européennes.
Toutefois, dès 1462, la papauté essaya de s’opposer
à ce honteux commerce, mais ses efforts furent impuissants.
La découverte du nouveau monde ouvrit un immense débouché
à la traite. Dès 1502, les Espagnols transportèrent
des cargaisons de nègres aux Antilles pour remplacer la population
indigène que leurs mauvais traitements avaient presque anéantie,
et peu à peu ils étendirent le même système
à leurs autres colonies d’Amérique. Dans le principe,
le commerce des nègres avait été simplement toléré
; mais, en 1517, Charles-Quint le consacra officiellement en accordant
à un seigneur flamand le privilège de transporter 4.000
noirs dans les grandes Antilles. A la fin du XVIe siècle, la
traite était organisé sur la plus vaste échelle.
Tous les Etats européens qui possédaient des colonies
en Amérique, l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre, la Hollande,
la France, se livrèrent avec ardeur à ce commerce abominable,
qu’encourageaient d’ailleurs les gouvernements respectifs de ces pays.
Ainsi, par exemple, chez nous, on accordait des primes aux négriers,
et ces primes s’élevaient chaque année à deux
millions de livres en moyenne. Les ports principaux de l’Europe et
de l’Amérique expédiaient incessamment des navires fins
voiliers qui se rendaient sur les côtes d’Afrique pour y chercher
des cargaisons d’esclaves. Ils se procuraient ces malheureux, tantôt
au moyen de descentes à main armée, tantôt, et
ce système finit par prévaloir, en vertu de traités
avec les petits souverains du pays qui vendaient leurs prisonniers
de guerre, souvent même leurs sujets et leurs parents, pour
quelques objets de rebut ou des barils de mauvaises liqueurs alcooliques.
On n’évalue pas à moins de cent mille le nombre des
Africains qui allaient chaque année en Amérique combler
le déficit que causaient l’influence du climat et les mauvais
traitements des maîtres. Les horreurs qui accompagnaient la
traite des noirs ont été maintes fois décrites.
La traversée d’Afrique en Amérique surtout donne lieu
à des scènes de cruauté qui font frémir.
Il a été constaté que 25 pour 100 au moins des
nègres embarqués périssent pendant le trajet,
à cause de la capacité insuffisante des navires. Entassés
les uns contre les autres, enchaînés deux à deux
par les mains et par les pieds, privés d’air, manquant d’aliments
et d’eau pure, infectés par leurs propres déjections,
les malheureux noirs sont atteints d’affreuses maladies : comment
alors s’étonner d’une telle mortalité ? Plusieurs se
suicident de désespoir. D’autres sont jetés tout vivants
à la mer, soit lorsqu’ils se trouvent atteints de maladies
incurables qui les empêchent d’être de vente, soit lorsqu’on
juge nécessaire d’alléger le navire, dans une tempête
par exemple ; soit enfin quand le négrier, poursuivi par un
croiseur, veut anéantir toute trace de son crime : dans ce
dernier cas, on jette quelquefois à la mer la cargaison tout
entière. A l’arrivée du bâtiment en Amérique,
il meurt encore, pendant la crise de l’acclimatation, 20 pour cent
des nègres embarqués, de sorte qu’au bout d’une année,
c’est au plus s’il survit les trois huitièmes des infortunés
arrachés à leur famille et à leur patrie. Alors
commence, pour ceux qui ont résisté à ces misères
effroyables, une nouvelle série de souffrances. Le nègre
qui, dans son pays, se livrait à l’inaction ou se bornait,
pour satisfaire aux besoins les plus simples, à l’exercice
de quelques industries faciles, va creuser péniblement la terre,
sous un soleil brûlant, stimulé par le fouet dès
que ses forces épuisées refusent un service inaccoutumé.
Voilà pour son corps. Quant à son âme, le maître
l’a reçue inculte, grossière, dénuée de
toute idée religieuse vraie ; mais il se garde bien de la tirer
de son état d’ignorance et d’abrutissement, car elle deviendrait
impatiente du joug. Nous ne dirons pas les tortures et les supplices
infligés aux esclaves africains, l’exploitation de la femme
noire par son maître : nous renvoyons pour cela aux ouvrages
qui nous ont révélé toutes ces turpitudes, commises
cependant par des hommes qui se disent civilisés, bien plus,
qui osent se prétendre chrétiens.
Enfin, les principes du christianisme prirent peu à peu le
dessus, et la plaie de l’esclavage, qui ne démoralise pas moins
le maître que l’esclave, commença de soulever la réprobation
publique. Ce furent les Quakers de l’Amérique du Nord qui donnèrent
le signal en 1751, où ils
renoncèrent généralement, pour tous les membres
de leur secte, à toute espèce de droits sur leurs esclaves.
La traite fut défendue dès 1778 par l’Etat de Virginie,
et, en 1780, 1787 et 1788, les Etats
de Pennsylvanie, de Massachusetts et de Connecticut. L’Europe ne resta
pas insensible à ces tentatives de réforme. Depuis longtemps
il était de principe, en France, qu’un nègre esclave
devenait libre en touchant le sol de notre pays : le même droit
fut reconnu en 1772 par l’Angleterre aux esclaves de ses colonies.
En 1787, il se fonda à Londres, sous le nom d’Amis des
noirs, une société abolitionniste qui fit souvent
retentir le parlement de ses pétitions en faveur des esclaves,
et, l’année suivante, Pitt présenta à la Chambre
des communes une motion pour l’abolition de la traite, motion qui
fut repoussée. La même année Brissot, à
Paris, organisa, sous le même nom, une société
abolitionniste, dont Condorcet, Clavière, Grégoire,
Lafayette et Mirabeau furent les membres
les plus actifs. En 1792, le roi
de Danemark, par son ordonnance du 16 mars, décréta
l’abolition de la traite dans ses colonies, à partir de 1803.
Moins de deux ans après, le 4 février 1794,
la Convention, sur la proposition de Levasseur, de la Sarthe, décrétait
l’abolition même de l’esclavage dans toutes les colonies françaises.
Malheureusement, le Consulat rétablit l’ancien ordre de choses,
mesure qui toutefois échoua à Saint-Domingue, et nous
coûta, indépendamment des flots de sang versés,
la perte de la plus belle des grandes Antilles. Quelques années
plus tard, l’Angleterre reprit l’initiative dans la voie de réforme
qui devait aboutir à l’abolition de l’esclavage des noirs.
Le 25 mars 1807, le parlement proclama
l’abolition de la traite et, en 1814, Louis XVIII conclut avec l’Angleterre
un traité répressif de la traite, avec réserve
pour la France de la continuer encore pendant cinq années,
sous prétexte d’approvisionner ses colonies, qui n’avaient
pu se pourvoir d’esclaves pendant la guerre. A son retour de l’île
d’Elbe, Napoléon supprima la traite sans restriction, le 29
mars 1815, et Louis XVIII renouvela
l’abolition sans réserve et pour toujours, par un article supplémentaire
conclu avec l’Angleterre le 20 mars 1815, et par l’ordonnance royale
du 8 janvier 1817, que vint confirmer la loi du 15 avril 1818. Cette
loi prononçait la confiscation des navires pris faisant la
traite et l’interdiction de leurs capitaines. La même année,
une croisière fut établie sur la côte d’Afrique,
à l’effet de poursuivre les négriers. Enfin, la loi
du 25 avril 1826 porta la peine du bannissement contre tout individu
qui coopérerait à la traite. Déjà les
Etats-Unis, par un bill de 1820, et l’Angleterre, par un acte du parlement
du 31 mars 1824, avaient déclaré que désormais
la traite serait considérée comme un acte de piraterie
et punie de mort. – Malgré toutes ces lois, et quoique tous
les peuples maritimes de l’Europe se fussent réunis pour interdire
absolument le trafic infâme des noirs, il n’en continuait pas
moins sur les côtes orientales et occidentales de l’Afrique,
et les marchands de bois d’ébène, car c’est
ainsi qu’ils appelaient les malheureux noirs arrachés à
leur pays, trouvaient des débouchés faciles et lucratifs
dans les colonies espagnoles et portugaises, et même dans les
Etats du Sud de la Confédération américaine,
où des autorités complices fermaient les yeux sur ce
hideux commerce. C’est alors que diverses sociétés abolitionnistes
proposèrent le système du droit de visite réciproque,
en vertu duquel les croiseurs de chaque nation pourraient visiter
les navires marchands des autres pays, pour s’assurer qu’ils ne se
livraient pas à la traite. Le gouvernement anglais adopta avec
empressement cette idée, et s’efforça de la faire accepter
par les autres nations. Mais les Etats-Unis repoussèrent constamment
le droit de visite, et la France elle-même n’y consentit pas
aisément. Le premier traité de ce genre conclu avec
l’Angleterre date du 30 novembre 1831. Remplacé ou plutôt
aggravé par la convention du 22 mars 1833, il fut abrogé
par la convention de 1845, qui réduisit la visite à
la simple vérification du pavillon. Ce dernier traité
fut conclu pour dix années ; mais, en 1855, il n’a pas été
renouvelé : aucune disposition même n’é été
prise pour le remplacer. Il faut avouer que les croisières
entretenues par la France et la Grande-Bretagne sur les côtes
d’Afrique n’avaient pu parvenir à empêcher absolument
la traite, qui continuait de se faire sous le pavillon des Etats-Unis.
Ce trafic exécrable ne tombera qu’avec l’abolition même
de l’esclavage. L’Angleterre la première entra dans cette voie.
Le 14 mai 1833, le parlement britannique adopta une loi d’émancipation
générale des noirs, et accorda en même temps à
leurs propriétaires une indemnité de 500 millions de
francs, et le 1er août 1838, tous les esclaves des colonies
anglaises, au nombre d’environ 670.000, virent à la fois tomber
leurs chaînes. En France, il ne fallut rien moins que la révolution
de 1848 pour faire proclamer cette grande mesure. Le 27 avril, un
décret du gouvernement provisoire prononça l’abolition
immédiate de l’esclavage dans toutes les colonies françaises,
et 260.000 noirs environ furent rendus à la liberté.
Depuis cette époque, les gouvernements danois, hollandais,
etc., ont également émancipé leurs esclaves,
de sorte que l’esclavage ne subsiste plus, nous parlons des peuples
chrétiens seulement, que dans les colonies espagnoles et portugaises,
au Brésil, et dans une partie de la Confédération
des Etats-Unis. Au Brésil et dans les colonies espagnoles,
dont la population est exclusivement catholique, les noirs sont généralement
traités avec une grande humanité, tandis qu’aux Etats-Unis,
ils sont soumis au régime le plus oppressif et le plus immoral
qui ait souillé l’histoire même de l’esclavage. Mais
comme tôt ou tard la peine suit l’iniquité, l’expiation
a commencé pour ces hommes dont l’impiété ne
se borne pas à vouloir maintenir chez eux l’esclavage, mais
encore ose affirmer sa légitimité et prétend
étendre cette honte à l’Union tout entière. Voir
le beau livre d’Aug. Cochin, intitulé Abolition de l’esclavage.
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(Dupiney
de Vorepierre, Dictionnaire français illustré
et Encyclopédie universelle, 1858.) |
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Voir Esclavage
Loi du 30 floréal an X (17 mai 1802)
relative à la traite des noirs et au régime des colonies.
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