C'est l'arrêté du 22 ventôse an XII (13 mars
1804) qui a institué les voltigeurs.
La caractéristique essentielle des voltigeurs réside dans leur petite
taille. La création de cette nouvelle infanterie répondait
à une situation démographique caractéristique de l'époque et dans
laquelle les hommes petits, d'une taille inférieure à la “ normale
” étaient de plus en plus nombreux. (voir taille.)
Une grande partie de la population échappait
donc légalement à la conscription. La création des voltigeurs
fut une façon de “dorer la pilule” au moment d'étendre le poids
du recrutement sur ceux qui se croyaient à l'abri du fait de leur
petite taille. C'est ainsi que dans un premier temps, les
compagnies de voltigeurs devaient être complétées par des conscrits
exemptés par défaut de taille, et qu'ensuite la taille minimale,
pour tous les conscrits, fut ramenée à 4 pieds 9 pouces ou 1 mètre
544 (8 fructidor au XIII).
"Cette mesure, dit le général Bardin,
augmenta l'effectif des troupes de 40.000 hommes." (Dict.,
p. 5271).
Autre avantage de la mesure (et bien dans la
façon d'agir de Napoléon) : l'émulation.
"Les voltigeurs ont été créés par moi
pour profiter des petits hommes que la conscription ne pouvait atteindre.
J'en ai profité pour opposer les petits hommes aux grands, comme
j’opposerais les blancs aux noirs, comme je formerais des compagnies
de bossus, s'il y en avait beaucoup.” (Napoléon, le 6 mai 1819
cité par le général Bertrand, Cahiers de Sainte-Hélène, t. 2, p.
348).
Dans un pays où les bossus seraient communs
et nombreux, il serait convenable de former des compagnies de bossus
; excitant ainsi leur amour-propre, il est probable qu'elles seraient
très braves et prodigueraient leur vie”. (Napoléon, Dix-huit
notes sur l'Ouvrage intitulé : Considérations sur l'art de la guerre,
dans Correspondance, t. XXXI, p. 310). Et le 8 février 1819
il avait été plus précis encore quant à ses intentions :
C'était une idée heureuse : les petits hommes
opposés aux grands. Je disais aux voltigeurs : “ vous êtes
des couyons : un grenadier vaut soixante voltigeurs. ” Je
disais aux grenadiers : “ Vous n'êtes que de grands capons, bons
pour manger, mais vivent les voltigeurs pour se battre ! ”
Avec cela, on fait tuer tout le monde. Voilà la véritable
éloquence militaire...
On ne peut pas être plus clair ! Napoléon était
un maître en psychologie appliquée aux masses et les voltigeurs
en sont la meilleure preuve, puisque le résultat a dépassé les espérances
:
"L'invention des voltigeurs était une
amorce pour la vanité des nains, un encouragement pour leur faiblesse,
une pensée politique. Cet essai, coûteux pour la population,
a eu pour l’armée de brillants résultats. Ceux de ces petits
hommes qui ont résisté aux fatigues d'un métier qui semblait au-dessus
de leurs forces ont fait merveille. Le parallèle, ou plutôt
la rivalité établie entre eux et les grenadiers, la disproportion
de taille qu'il fallait faire oublier, souvent les avantages et
la solidité d'une constitution trapue, la parité de courage et d'énergie
sous une moindre masse, tout en a fait des héros." (Bardin,
Dict., p. 1472).