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Armées
| Dernière modification: 27/06/2004
La nouvelle de la défaite de Waterloo parvint à Paris dans
la matinée du 21 juin, et fut confirmée dans l'après-midi par le bulletin paru
dans le Moniteur. Le samedi 24, le Journal
Général de France publie un récit de la bataille dans lequel on remarque le
passage suivant concluant la relation de l'attaque de la Garde, et la sommation
faite par les généraux anglais de se rendre : A un moment où l'opinion angoissée cherchait désespérément des motifs de consolation et d'espoir, cette trouvaille journalistique eut un grand retentissement, et allait être le point de départ d'une légende indestructible. Le 28 juin, devant l'approche des Alliés, la Chambre des députés travaille à rédiger une proclamation. "Quand l'armée connaîtra la volonté du peuple et de ses représentants, elle sera invincible". Le député Garat, déclarant que l'exemple est le plus bel encouragement que l'on puisse donner au soldat, demande "que l'on consacrât ce mot d'un soldat qui dit : "Je meurs et je ne me rends pas". Un autre député rappelle que le nom du brave cité dans le journal est Cambronne. Le lendemain, nouvelle embarrassante : on apprend par un article venant de Bruxelles que Cambronne, au lieu de mourir, a été fait prisonnier ! Mais la légende avait pris corps. Ce qui s'est passé exactement en ces minutes d'une rare intensité, dans l'épuisement, la rage et la fumée des combats, nul ne pourra sans doute jamais l'établir avec certitude. Le fait est que le général Cambronne, probablement blessé à la tête, a été fait prisonnier et que, jusqu'à sa mort survenue à Nantes le 29 janvier 1842, a toujours gardé le silence sur le sujet ; alors que d'autre part, le colonel Hugh Halkett, un Ecossais qui commandait la brigade de Landwehr hanovrienne a affirmé, jusqu'à la fin de sa vie que, se trouvant avec le bataillon d'Osnabrück devant un carré de la garde, et ayant aperçu un officier général ennemi qui se promenait au-dehors du carré, il lança son cheval, saisit l'officier, qui était Cambronne, par les aiguillettes, et le ramena prisonnier dans les rangs de son bataillon, où il le confia à un sergent. La gêne causée par la distorsion entre l'histoire et la légende héroïque allait donner naissance à une autre rumeur : Cambronne aurait répondu aux généraux anglais d'un mot plus court et plus vigoureux. Mais ce n'est qu'en 1862 que Victor Hugo, dans « les Misérables », osa écrire en toutes lettres qu’au général anglais qui cria « Braves Français, rendez-vous ! » Cambronne répondit : « Merde !» « Dire ce mot, et mourir ensuite. Quoi de plus grand ! car c’est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a survécu. (…) L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre. » Voilà résumé de façon géniale le succès du « mot » et le secret du mythe de Waterloo ! Malheureusement, sur le plan de l’enseignement militaire, l’avenir devait montrer que la recette était un peu maigre… (voir la définition du "mot" selon le Dictionnaire de l'Académie, 1798.) La publication des Misérables, événement littéraire de l'année 1862, ramena l'attention sur la bataille de Waterloo, provoquant ainsi une floraison de pseudo témoignages, comme celui d'Antoine Deleau, un ex-grenadier du 2e régiment, publié (et probablement arrangé) par Charles Deullin, un journaliste de « l'Esprit Public » ... Voir : Cambronne Bientôt : Waterloo, récit critique, la synthèse d'une vision nouvelle sur la bataille,débarrassée des manipulations imposées par le plus grand stratège de tous les temps. |
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