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Dernière modification: 04/12/2002

 

186 ans après la bataille, peut-on encore dire quelque chose de nouveau à ce sujet ?

OUI !

Depuis 186 ans, la bataille de Waterloo n'a pas cessé de hanter les imaginations.

Pendant deux siècles, les historiens, les stratèges, les poètes, se sont penchés sur ce combat décisif pour l'histoire de l'Europe.

Mais toujours, une part d'ombre est restée qui couvrait les événements.

En juin 1999,  j'ai  fait part dans le n° 10 de ma publication "la Patience" d'une découverte qui bouleverse l'histoire de la bataille.

Toute l'histoire de la bataille est à reprendre, parce qu'elle est entièrement basée sur les récits que Napoléon a rédigés à Sainte-Hélène, alors qu'il avait pris connaissance, par les ouvrages anglais, de ce qu'il ne savait pas le 18 juin 1815. Dès lors, il a eu beau  jeu de réécrire l'histoire à sa façon, masquant avec habileté ses erreurs, et rejetant toute la responsabilité de la défaite sur ses lieutenants.

Personne, jusqu'alors, n'avait comparé les trois récits de Napoléon, en essayant de comprendre pourquoi ils ne concordaient pas entre eux. Seul le troisième, le plus "abouti" dans la réécriture de l'histoire, faisait référence.

Dans un premier temps (confronté à un problème d'illustration), je me suis rendu compte d'un fait qui avait échappé jusqu'ici aux historiens de la bataille :

Napoléon ignorait la présence en avant de sa gauche d'un château-ferme fortifié,  le domaine d'Hougoumont, point tactique habilement utilisé par Wellington et qui devait absorber la puissance offensive du 2e corps d'armée.

Devant l'impossibilité de dessiner une attaque du château qui concilie les images reçues et la topographie des lieux, j'ai étudié avec plus d'attention les textes écrits immédiatement après la bataille par Napoléon et ses principaux généraux : aucun ne fait mention d'un château à cet endroit, pas même Jérôme Bonaparte ni le général Foy, tous deux pourtant à la tête des divisions qui ont combattu sur ce point. Ils n'ont vu à cet endroit qu'un bois, dans lequel ils ont engagé, par petits paquets, les troupes qui se faisaient décimer à petit feu. Ni Jérôme, ni Foy, ni aucun officier de l'état-major n'a poussé suffisamment loin à l'intérieur du bois pour prendre connaissance de la situation exacte  des combats. Et l'information n'est pas remontée de la base au sommet.

Cette première découverte m'a amené à relire avec plus d'attention le bulletin dicté par Napoléon le 20 juin (soit deux jours après la bataille) et à le considérer comme étant le révélateur de ce que l'Empereur connaissait effectivement de sa situation et de celle de ses adversaires le jour de la bataille. Et là : surprise totale... 

Napoléon s'était trompé en lisant la carte.

Il a confondu La Haie-Sainte avec la ferme de Mont-Saint-Jean. 

En conséquence, il a cru que l'armée anglaise était retranchée dans le village de Mont-Saint-Jean, qu'il croyait être niché derrière la crête du chemin d'Ohain, alors qu'elle était disposée en rase campagne, à l'abri derrière cette même crête de terrain : et on n'attaque pas de la même manière une armée retranchée dans un village, qu'une armée disposée en rase campagne.

En outre, il a cru que l'armée anglaise était établie à l'embranchement de la chaussée de Nivelles et de celle de Charleroi, alors qu'elle était en réalité établie un kilomètre en avant de ce point stratégique, et occupait donc une position plus forte.

A partir de là, toute l'histoire de la bataille prend une autre tournure:

Français et Alliés n'ont pas livré la même bataille.

Incroyable ? Et pourtant, les textes, les témoignages sont là, qui tous conduisent à la même conclusion.
Une évidence que jusqu'à présent, personne n'avait jamais osé envisager...

 

Le plus incroyable :

Comment et pourquoi Napoléon est-il parvenu à cacher ce fait à ses contemporains et à la postérité ?

Quelles furent les conséquences de ce travestissement de la vérité ?  Ces points sont traités dans le n°10 de la Patience.

Sur quoi se base cette thèse ?

- D'abord sur les écrits "immédiats" (écrits pendant ou peu de temps après la bataille) des généraux français :. . Napoléon juin...)

- Sur la comparaison entre ces récits et ceux rédigés à Sainte-Hélène par Napoléon.

- Sur l'étude du terrain, des cartes et des illustrations de l'époque.

L'état-major français disposait de la carte chorographique de Ferraris, et de la carte de Capitaine et Chanlaire, copie de celle de Ferraris.

Cartes de Ferraris

A gauche la carte manuscrite (de Cabinet), la route passe à l'ouest et un chemin bordé de haies se marque sur l'est de la ferme de Mont-Saint-Jean.

A droite la carte chorographique, le graveur a fait passer la route principale par le chemin à l'est de la ferme.

Ces deux cartes (Ferraris et Capitaine) présentaient la même erreur : la route y est représentée passant à l'est de la ferme de Mont-Saint-Jean, alors que dans la réalité elle passait à l'ouest.
Il s'ensuit que Napoléon et ses généraux ont pris la ferme de la Haie-Sainte pour celle de Mont-Saint-Jean. Cette hypothèse est confirmée par le bulletin rédigé par Napoléon (20 juin), par le récit des généraux Drouot (23 juin), Foy (23 juin) et Gourgaud.

Encore plus fort...
Poursuivant mes recherches pour les "Carnets de la Campagne", et armé de cette clé de lecture, je me suis rendu compte que Napoléon avait, surtout, très habilement caché sa faute la plus importante, celle qui ne pouvait pas pardonner : il a été complètement surpris par l'arrivée des Prussiens de Bülow sur le champ de bataille à 4 heures de l'après-midi. La version qui veut que lui-même ait aperçu "sur les hauteurs de Saint-Lambert", les troupes de Bülow alors qu'elles étaient à huit kilomètres du champ de bataille ne résiste pas à un examen un peu sérieux des textes, ni même à celui de la disposition des lieux.

Le 6e corps d'armée (Lobau) n'a pas été tourné contre les Prussiens à 1 heure comme Napoléon le prétend, mais trois heures plus tard, au moment où les Prussiens avaient démasqué leur attaque. Et cela change toute l'histoire de la bataille.

Pourtant, la version de Napoléon a été admise par tous les historiens de la bataille, même les plus hostiles à Napoléon (comme Charras ou Quinet), même par les Anglais ou les Prussiens. Mais pouvaient-ils imaginer que l'Empereur ait travesti à ce point la vérité ?

 

En 1898, Henry Houssaye a publié une histoire de la bataille de Waterloo qui fait toujours référence. D'après la revue "Lecture pour Tous", ce "récit admirable et définitif" devait "remplir le cœur des lecteurs de cette émotion patriotique et saine où se mêle à la tristesse de la défaite l'admiration pour le grand capitaine qui a opposé toutes les ressources du génie à la fatalité des circonstances, pour les glorieux soldats qui ont accompli en face de l'ennemi des prodiges de valeur et accru le patrimoine d'héroïsme de la France."

Dans un monde qui a changé, devons-nous continuer à lire l'Histoire à travers la vision déformante des historiens d'un autre âge ?

Malheureusement, les mensonges qui font plaisir se vendent mieux que les vérités qui dérangent.

 

La thèse sur l'erreur de lecture de carte est développée dans le supplément spécial de la Patience n° 10 et complétée dans le n°11.

Un ouvrage est en préparation, qui devrait paraître sous peu, et qui fera le point sur l'état de mes recherches. Et cet ouvrage promet encore quelques surprises "qui décoiffent".

 

Waterloo : Récit de la bataille ; le débat.

 

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